Modem Sciences Po

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samedi 19 juin 2010

La jeunesse, grande oubliée du débat sur les retraites

Alors que le Mouvement Démocrate déterminera dimanche prochain sa position sur la réforme des retraites, le Mouvement Démocrate Sciences Po et les Jeunes Démocrates de Paris affirment la nécessité de prendre en compte les avis et propositions des jeunes générations pour aboutir à une réforme socialement juste. Voici le texte de la contribution que nous avons envoyé en ce sens en préparation du Conseil national du dimanche 26 juin.


Contribution à la consultation du Mouvement Démocrate sur les retraites

LA JEUNESSE, GRANDE OUBLIEE DU DEBAT SUR LES RETRAITES

Les chiffres le démontrent : les retraités ont aujourd’hui, en moyenne, un niveau de vie supérieur à celui des actifs. Le taux de pauvreté des seniors n’a jamais été aussi bas par rapport à celui d’une jeunesse paupérisée et servant de variable d’ajustement de notre modèle social. Le patrimoine accumulé des seniors, leur taux de propriété élevé, les protègent contre la crise du logement qui frappe de plein fouet les jeunes générations. En prenant en compte les revenus du capital et du patrimoine, le revenu moyen des retraités dépasse nettement celui des générations encore sur le marché de l’emploi.

Les jeunes seniors entre 55 et 70 ans, qui ont bénéficié des Trente Glorieuses et des largesses du modèle social français, ont aujourd’hui les moyens de contribuer à l’effort de la nation, dans un contexte de crise et de déficits publics élevés. Ce constat, établi par de nombreux intellectuels, de tous bords politiques, peine aujourd’hui à se faire entendre dans le débat public. Le tabou qui conduit à ne jamais évoquer le relatif bien-être des retraités est étrange. Les quelques prises de position dissonantes – celle du sociologue Louis Chauvel, de la fondation Terra Nova, ou encore de la revue Esprit – se sont vite vues étouffées par un conformisme politique étonnant, probablement lié au poids électoral élevé des seniors.

Face à cette situation globalement privilégiée des retraités, il n’est pas inutile de rappeler les difficultés auxquelles fait face aujourd’hui la jeunesse. Le taux de chômage des jeunes a battu fin 2009 un record historique : 24%. La difficulté pour les jeunes à s’insérer dans le marché du travail est réelle ; la multiplication des contrats précaires le montre. Les années de galère des jeunes pour trouver un emploi, le scandale des stages non payés, semblent désormais être acceptées par la société comme un mal nécessaire. La situation de la jeunesse des banlieues est encore plus problématique et n’a pas réellement évolué depuis les émeutes de 2005. Le taux de pauvreté global des jeunes atteint 20%, soit le double de celui des seniors.

La réforme des retraites devrait être l’occasion d’un vrai débat de société, qui prenne en compte toutes les générations. Ce n’est pas, aujourd’hui, le cas : la réforme des retraites est pensée, conçue et de ce fait n’intéresse que les générations qui occupent le pouvoir. Les générations de « baby boomers », logiquement, n’ont pas les mêmes préoccupations que la jeune « génération Y » qui peine à se faire entendre, mais qui a pourtant son mot à dire dans les grandes orientations de notre pays. C’est en effet elle qui portera, dans quelques années, le poids de la dette de notre système de protection sociale.

Ce que nous proposons, c’est de rééquilibrer à l’occasion de la réforme des retraites la solidarité intergénérationnelle en faveur des jeunes générations. Cela passe – brisons le tabou – par une contribution plus importante des retraités aisés à l’effort de la nation en faveur de ses jeunes. Les besoins de financement de l’enseignement supérieur, des universités, des lieux de savoir sont aujourd’hui énormes. C’est la clé de notre avenir, dans un environnement mondialisé, que de bâtir un système d’enseignement supérieur de qualité, doté de riches moyens, rivalisant avec les plus grandes universités mondiales.

Notre objectif n’est pas de déclencher une guerre entre générations. Nous ne cherchons pas à opposer de façon manichéenne les « riches » retraités et les « pauvres » jeunes. La réalité est bien plus complexe que cette schématisation. Il existe des jeunes qui s’en sortent, grâce à leur milieu social ou grâce à l’éducation qu’ils ont pu recevoir. Il existe également des retraités aux pensions modestes qui peinent à joindre les deux bouts. Nos préconisations cherchent à prendre en compte cette complexité. Mais elles reposent néanmoins sur un choix de société qui peut déranger : faire en sorte que les générations aujourd’hui à la retraite contribuent à un effort nouveau en faveur des jeunes générations.

Le Mouvement Démocrate doit se saisir de cette analyse de la réforme des retraites qui diverge sensiblement de celle de l’UMP et du PS. La réforme préparée par le gouvernement demandera beaucoup de sacrifices aux retraités de demain, sans toucher la génération privilégiée des baby boomers actuellement à la retraite ou en voie de l’être. La gauche défend par idéologie la retraite à 60 ans, acquis symbolique depuis Mitterrand, sans toucher aux privilèges des seniors. Le Mouvement Démocrate, digne représentant d’une troisième voix, doit proposer à l’opinion publique des solutions pour les retraites fondées sur une nouvelle solidarité intergénérationnelle. Sans opposer les générations, l’objectif est de faire reposer plus équitablement l’effort collectif sur les générations de seniors les plus privilégiées, sans diminuer le montant des pensions les plus faibles, et ainsi mettre en place une réforme des retraites qui soit socialement juste.

Consulter la suite de notre contribution (PDF)

lundi 24 mai 2010

F. Bayrou sur les déficits et la rigueur dans le journal Le Monde

Approuvez-vous la proposition du président de la République d'inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits ?

Inlassablement, depuis dix ans, j'ai défendu le principe d'une disposition constitutionnelle qui empêche les déficits de se creuser, du moins en période de croissance. La proposition que je défendais était d'écrire tout simplement dans la Constitution qu'à partir de l'année 2015, par exemple, les déficits de fonctionnement ne seront pas admis, sauf pour combattre ou prévenir une récession.

Pour l'investissement, les grands équipements, il est compréhensible qu'en empruntant on partage la charge avec les générations futures ; pour le fonctionnement, pour les retraites, pour le remboursement des feuilles de sécu, c'est inadmissible et scandaleux. Je trouve légitime d'en faire un principe constitutionnel. Bien des critiques disent : "Vous n'avez pas le droit de lier les mains des gouvernements à venir."

Cette critique est sérieuse : je propose donc que la modification constitutionnelle soit décidée par les Français eux-mêmes, par référendum. Si des gouvernements ultérieurs estiment nécessaire de rompre avec cette règle de prudence, ils ne pourront le faire sans avoir à leur tour demandé l'accord du peuple.

À quoi attribuez-vous cette propension française aux déficits ?

Deux choses : dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme. Pour exister au journal de 20 heures, chaque jour, devant chaque accident de la vie, il faut "débloquer", comme on dit, des milliards. Et en effet, on n'a pas arrêté de débloquer, à tous les sens du mot...

La rigueur est-elle inéluctable ?

La guerre des mots autour du terme "rigueur" est ridicule. Mais il faut se mettre ceci dans la tête : nous sommes entrés dans le temps des choses sérieuses. On nous a fait vivre dans l'illusion que l'Etat pouvait répondre à toutes les demandes à partir de ressources qu'il n'avait pas. C'est fini. Et, pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité.

Les Français y sont-ils prêts ?

Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là !

Lorsque le PS officiel prétend que, pour la réforme des retraites, il suffit de taxer les banques, qu'il n'y a qu'à "prendre l'argent là où elle est", comme disait magnifiquement feu Georges Marchais, c'est le pire des messages politiques. Cela consiste à dire au grand public : "On peut s'en tirer sans effort puisque les efforts seront pour les autres !" Ce n'est pas ainsi qu'on rebâtit un grand pays.

Vous pensez qu'on va vers des hausses d'impôt ?

Compte tenu de l'ampleur des déficits, aucun gouvernement n'y échappera. Et lorsque le gouvernement actuel prétend le contraire, il raconte des histoires et il le sait parfaitement. C'est si vrai que le gouvernement a transmis à Bruxelles un plan de redressement qui comporte une hausse de deux points des prélèvements obligatoires ! Mais notre fiscalité est devenue de plus en plus injuste et de plus en plus labyrinthique. Pour obtenir justice, clarté et donc confiance, il faudra le courage d'une profonde réforme fiscale.

Comment interprétez-vous l'effervescence actuelle au centre ?

Il y a au centre de la vie politique française une famille dispersée, mais réelle. Ce courant de pensée s'est séparé : une partie s'est satellisée autour du pouvoir chiraquien ou sarkozyste, une partie a choisi l'indépendance avec moi, une partie s'est installée dans l'orbite du PS. Mais les événements imposeront un jour ou l'autre que ce grand courant, avec toutes ses sensibilités, se rassemble.

Avec ou sans vous ?

Le moment venu, je mettrai toutes mes forces au service de cette reconstruction. Mais il y a une condition, et pour moi une seule : il faut que toutes les composantes assument une vraie indépendance. C'est toujours la même histoire : pour être à la hauteur, il faut renoncer au renoncement.

Pourquoi avez-vous récemment rencontré M. Sarkozy ?

Nous sommes dans une période de crise profonde, où tout le monde cherche l'issue. Dans cette période, chaque fois que le président de la République m'invitera à le rencontrer pour parler des grands sujets, j'accepterai. Idem pour le premier ministre ou les responsables de gauche. Et, chaque fois, sans tambour ni trompette. Responsables politiques, nous sommes collectivement responsables de la situation du pays. Je ne dis pas "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", mais "tout le monde est responsable".

Comment analysez-vous la crise européenne ?

Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, sont des dirigeants de grande dimension, qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend rien.

La Commission européenne doit-elle avoir un droit de regard sur les budgets nationaux ?

On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires européens ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats.

(extraits)


http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/22/francois-bayrou-il-faut-consulter-les-francais-par-referendum-sur-les-deficits_1361510_823448.html

dimanche 23 mai 2010

Le MoDem Sciences Po sur Europe 1


Suite à la main tendue de l'UMP à François Bayrou, Europe 1 est venue interviewer plusieurs membres du Mouvement Démocrate Sciences Po pour connaître leur réaction.

Cliquez ici pour entendre le reportage qui a été diffusé pendant les journaux du matin.

mardi 11 mai 2010

"Ils les ont faits députés, ministres, mais, aujourd'hui, ils se rendent bien compte que cela ne leur a pas ramené un seul électeur"

Article par Rodolphe Geisler dans Le Figaro du 9 mai :

François BAYROU président du MODEM à Paris le 29/04/10 Photo Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Les voix du MoDem ne sont pas à vendre. Bien que flattés par les récents propos de Jean-Pierre Raffarin, mercredi sur LCI, qui a appelé François Bayrou à «retrouver sa place» au sein de la majorité, les cadres orange n'entendent pas céder aux sirènes de l'UMP. «Pour la démocratie, il est important d'avoir au sein de l'espace républicain des voix libres, responsables et non alignées», revendique l'eurodéputée Marielle de Sarnez, première vice-présidente du MoDem.

Sénatrice du Loir-et-Cher, Jacqueline Gourault, elle, se dit «ravie que Jean-Pierre Raffarin se rende compte où est le vrai centre». «De facto, il reconnaît que ce vrai centre, c'est nous», observe-t-elle. Pour autant, ces deux fidèles du président du MoDem déclarent, l'une et l'autre, «ne pas être dupe» de ce qui se cacherait derrière cet appel du pied de l'UMP. «Ceci signe l'échec de tout ce qu'ils ont essayé de faire depuis trois ans avec les satellites centristes de l'UMP. Ils les ont faits députés, ministres, mais, aujourd'hui, ils se rendent bien compte que cela ne leur a pas ramené un seul électeur», estime Sarnez.

Pour Jean-Luc Bennahmias, autre vice-président du parti centriste, «la proposition de Raffarin, c'est le baiser qui tue». «Si François rejoignait la majorité, il pourrait alors dire adieu à son indépendance et à tout ce que nous construisons depuis trois ans», note-t-il. Mais dans l'entourage de Bayrou, on croit surtout déceler, à travers cette déclaration de Raffarin, une «certaine fébrilité» au sein de la majorité. «Après l'échec de leurs tentatives de capter les voix du centre, l'extrême droite étant de retour, ils sont mal» , analyse Christophe Madrolle, délégué national.

«Incarner la rupture»

La semaine dernière, lors d'une réunion à huis clos de l'exécutif de son parti, François Bayrou a mis en garde ses cadres : «Ne vous laissez distraire par aucune manœuvre, il n'y a qu'une chose qui compte, c'est le fond !» Le leader centriste aurait ainsi qualifié -en latin- la démarche de l'UMP d'entreprise de «captatio benevolentiae» pour s'attirer la bienveillance du MoDem.

Selon un participant, Bayrou avait auparavant assuré, dans son intervention, «ne pas être un manœuvrier qui change de cap tous les jours» et avait appelé ses troupes à «rester sur la ligne , qui est celle du MoDem depuis le début» : si quelque chose est bien, il faut le dire - «la réforme des retraites est vitale et nécessaire», a-t-il ainsi rappelé. Ce qui n'empêche pas de critiquer la politique actuelle de la France, le déficit, la dette, etc.

Pour Sarnez, déçue de voir le PS tourner le dos à tout rapprochement avec le MoDem, «il ne faut pas laisser à la gauche le monopole de l'alternance». «Si nous retournions dans la majorité, derrière, nous ne pourrions plus incarner la rupture», dit-elle. «Naturellement, poursuit Jacqueline Gourault, il faudra bien le jour venu, devant les difficultés où la France se trouve, former des majorités nouvelles avec tous les démocrates et républicains, de la droite modérée aux sociaux-démocrates.»

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