Modem Sciences Po

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lundi 24 mai 2010

F. Bayrou sur les déficits et la rigueur dans le journal Le Monde

Approuvez-vous la proposition du président de la République d'inscrire dans la Constitution la lutte contre les déficits ?

Inlassablement, depuis dix ans, j'ai défendu le principe d'une disposition constitutionnelle qui empêche les déficits de se creuser, du moins en période de croissance. La proposition que je défendais était d'écrire tout simplement dans la Constitution qu'à partir de l'année 2015, par exemple, les déficits de fonctionnement ne seront pas admis, sauf pour combattre ou prévenir une récession.

Pour l'investissement, les grands équipements, il est compréhensible qu'en empruntant on partage la charge avec les générations futures ; pour le fonctionnement, pour les retraites, pour le remboursement des feuilles de sécu, c'est inadmissible et scandaleux. Je trouve légitime d'en faire un principe constitutionnel. Bien des critiques disent : "Vous n'avez pas le droit de lier les mains des gouvernements à venir."

Cette critique est sérieuse : je propose donc que la modification constitutionnelle soit décidée par les Français eux-mêmes, par référendum. Si des gouvernements ultérieurs estiment nécessaire de rompre avec cette règle de prudence, ils ne pourront le faire sans avoir à leur tour demandé l'accord du peuple.

À quoi attribuez-vous cette propension française aux déficits ?

Deux choses : dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme. Pour exister au journal de 20 heures, chaque jour, devant chaque accident de la vie, il faut "débloquer", comme on dit, des milliards. Et en effet, on n'a pas arrêté de débloquer, à tous les sens du mot...

La rigueur est-elle inéluctable ?

La guerre des mots autour du terme "rigueur" est ridicule. Mais il faut se mettre ceci dans la tête : nous sommes entrés dans le temps des choses sérieuses. On nous a fait vivre dans l'illusion que l'Etat pouvait répondre à toutes les demandes à partir de ressources qu'il n'avait pas. C'est fini. Et, pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité.

Les Français y sont-ils prêts ?

Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là !

Lorsque le PS officiel prétend que, pour la réforme des retraites, il suffit de taxer les banques, qu'il n'y a qu'à "prendre l'argent là où elle est", comme disait magnifiquement feu Georges Marchais, c'est le pire des messages politiques. Cela consiste à dire au grand public : "On peut s'en tirer sans effort puisque les efforts seront pour les autres !" Ce n'est pas ainsi qu'on rebâtit un grand pays.

Vous pensez qu'on va vers des hausses d'impôt ?

Compte tenu de l'ampleur des déficits, aucun gouvernement n'y échappera. Et lorsque le gouvernement actuel prétend le contraire, il raconte des histoires et il le sait parfaitement. C'est si vrai que le gouvernement a transmis à Bruxelles un plan de redressement qui comporte une hausse de deux points des prélèvements obligatoires ! Mais notre fiscalité est devenue de plus en plus injuste et de plus en plus labyrinthique. Pour obtenir justice, clarté et donc confiance, il faudra le courage d'une profonde réforme fiscale.

Comment interprétez-vous l'effervescence actuelle au centre ?

Il y a au centre de la vie politique française une famille dispersée, mais réelle. Ce courant de pensée s'est séparé : une partie s'est satellisée autour du pouvoir chiraquien ou sarkozyste, une partie a choisi l'indépendance avec moi, une partie s'est installée dans l'orbite du PS. Mais les événements imposeront un jour ou l'autre que ce grand courant, avec toutes ses sensibilités, se rassemble.

Avec ou sans vous ?

Le moment venu, je mettrai toutes mes forces au service de cette reconstruction. Mais il y a une condition, et pour moi une seule : il faut que toutes les composantes assument une vraie indépendance. C'est toujours la même histoire : pour être à la hauteur, il faut renoncer au renoncement.

Pourquoi avez-vous récemment rencontré M. Sarkozy ?

Nous sommes dans une période de crise profonde, où tout le monde cherche l'issue. Dans cette période, chaque fois que le président de la République m'invitera à le rencontrer pour parler des grands sujets, j'accepterai. Idem pour le premier ministre ou les responsables de gauche. Et, chaque fois, sans tambour ni trompette. Responsables politiques, nous sommes collectivement responsables de la situation du pays. Je ne dis pas "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", mais "tout le monde est responsable".

Comment analysez-vous la crise européenne ?

Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, sont des dirigeants de grande dimension, qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend rien.

La Commission européenne doit-elle avoir un droit de regard sur les budgets nationaux ?

On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires européens ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats.

(extraits)


http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/22/francois-bayrou-il-faut-consulter-les-francais-par-referendum-sur-les-deficits_1361510_823448.html

mardi 11 mai 2010

"Ils les ont faits députés, ministres, mais, aujourd'hui, ils se rendent bien compte que cela ne leur a pas ramené un seul électeur"

Article par Rodolphe Geisler dans Le Figaro du 9 mai :

François BAYROU président du MODEM à Paris le 29/04/10 Photo Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Les voix du MoDem ne sont pas à vendre. Bien que flattés par les récents propos de Jean-Pierre Raffarin, mercredi sur LCI, qui a appelé François Bayrou à «retrouver sa place» au sein de la majorité, les cadres orange n'entendent pas céder aux sirènes de l'UMP. «Pour la démocratie, il est important d'avoir au sein de l'espace républicain des voix libres, responsables et non alignées», revendique l'eurodéputée Marielle de Sarnez, première vice-présidente du MoDem.

Sénatrice du Loir-et-Cher, Jacqueline Gourault, elle, se dit «ravie que Jean-Pierre Raffarin se rende compte où est le vrai centre». «De facto, il reconnaît que ce vrai centre, c'est nous», observe-t-elle. Pour autant, ces deux fidèles du président du MoDem déclarent, l'une et l'autre, «ne pas être dupe» de ce qui se cacherait derrière cet appel du pied de l'UMP. «Ceci signe l'échec de tout ce qu'ils ont essayé de faire depuis trois ans avec les satellites centristes de l'UMP. Ils les ont faits députés, ministres, mais, aujourd'hui, ils se rendent bien compte que cela ne leur a pas ramené un seul électeur», estime Sarnez.

Pour Jean-Luc Bennahmias, autre vice-président du parti centriste, «la proposition de Raffarin, c'est le baiser qui tue». «Si François rejoignait la majorité, il pourrait alors dire adieu à son indépendance et à tout ce que nous construisons depuis trois ans», note-t-il. Mais dans l'entourage de Bayrou, on croit surtout déceler, à travers cette déclaration de Raffarin, une «certaine fébrilité» au sein de la majorité. «Après l'échec de leurs tentatives de capter les voix du centre, l'extrême droite étant de retour, ils sont mal» , analyse Christophe Madrolle, délégué national.

«Incarner la rupture»

La semaine dernière, lors d'une réunion à huis clos de l'exécutif de son parti, François Bayrou a mis en garde ses cadres : «Ne vous laissez distraire par aucune manœuvre, il n'y a qu'une chose qui compte, c'est le fond !» Le leader centriste aurait ainsi qualifié -en latin- la démarche de l'UMP d'entreprise de «captatio benevolentiae» pour s'attirer la bienveillance du MoDem.

Selon un participant, Bayrou avait auparavant assuré, dans son intervention, «ne pas être un manœuvrier qui change de cap tous les jours» et avait appelé ses troupes à «rester sur la ligne , qui est celle du MoDem depuis le début» : si quelque chose est bien, il faut le dire - «la réforme des retraites est vitale et nécessaire», a-t-il ainsi rappelé. Ce qui n'empêche pas de critiquer la politique actuelle de la France, le déficit, la dette, etc.

Pour Sarnez, déçue de voir le PS tourner le dos à tout rapprochement avec le MoDem, «il ne faut pas laisser à la gauche le monopole de l'alternance». «Si nous retournions dans la majorité, derrière, nous ne pourrions plus incarner la rupture», dit-elle. «Naturellement, poursuit Jacqueline Gourault, il faudra bien le jour venu, devant les difficultés où la France se trouve, former des majorités nouvelles avec tous les démocrates et républicains, de la droite modérée aux sociaux-démocrates.»

vendredi 30 avril 2010

Débat MoDem-Nouveau Centre sur Radio Sciences Po

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Quel avenir pour le centre en France ? Tel était le thème d'un débat du "Grand O", l'émission politique de RSP (Radio Sciences Po), pour lequel Pierre-Emmanuel représentait le Mouvement Démocrate Sciences Po.

Ne manquez pas de réécouter ce débat sur le site officiel de RSP.

samedi 20 mars 2010

Electeurs démocrates, ne perdez pas espoir !

par Robert Rochefort

Commençons par dire à tous ceux qui ont voté pour les candidats du Mouvement démocrate, dimanche dernier, que le faible score des listes qu'il présentait ne signifie pas qu'ils sont dans l'erreur. La vie politique est coutumière de ces passages brutaux de la cime aux abymes et... réciproquement. Se souvient-on que la candidate écologiste lors de la présidentielle de 2007 n'avait recueilli que 1,5 % des suffrages alors que ses camarades d'aujourd'hui sont à 12,2 %, ce qui est d'ailleurs inférieur aux 16,2 % des européennes de l'an passé ?

Mais venons-en à l'essentiel, c'est-à-dire au message et à la stratégie politique. Pour beaucoup, l'absence de positionnement clair du MoDem dans le jeu des alliances de droite ou de gauche est responsable de la forte baisse du potentiel électoral qu'avait recueilli François Bayrou en 2007. "Où êtes-vous finalement ?" ne cesse-t-on de nous dire. Eh bien nous sommes au centre, et nous y restons. Face aux défis majeurs auxquels notre pays est confronté, il n'y a pas un camp qui, à lui tout seul, détienne la vérité, possède le catalogue des réformes à accomplir, et plus encore la méthode pour les faire accepter. Réfléchir ainsi revient à privilégier des approches idéologiques qui sont des impasses, et, pire encore, des mensonges. Nicolas Sarkozy a commencé son quinquennat avec des habits très libéraux et le voici apparemment devenu étatiste depuis que la gravité de la crise s'est fait sentir... Les socialistes, avec leurs seuls alliés d'Europe Ecologie et du Front de gauche mettront-ils en avant leurs idées du passé, faites d'accroissement de la fiscalité, de centralisme étatiste, auxquels beaucoup d'entre eux ne croient plus réellement ? Tout cela constitue autant d'incapacité à agir et d'énergie gaspillée.

Etre au centre, c'est sentir le besoin de dépasser les clivages archaïques à un moment où notre pays n'a pas d'autre choix. Cela ne signifie nullement détenir une "troisième vérité, ni de droite ni de gauche". Soyons lucides, notre peuple est fatigué et collectivement déprimé, même si, heureusement, la vitalité individuelle reste grande dans la vie quotidienne de chacun. Quant à l'Etat, il dispose de très peu de marge de manœuvre – notamment budgétaire – pour se transformer. Au Mouvement démocrate, nous pensons qu'il n'y a pas d'autre solution que de privilégier l'écoute des personnes souffrant de la crise et concernées par les réformes et que d'être obsédé par l'exigence de justice sociale. C'est le contraire de ce que fait le gouvernement aujourd'hui. Nous appelons cela le projet humaniste.

Nous pensons que les Français ne sont pas très loin de ce point de vue, même si cela ne les a pas conduits à nous apporter suffisamment leur suffrage. La très préoccupante abstention de dimanche dernier est un rejet de la classe politique, qui nous inclut bien évidemment. Quant au vote de la minorité qui s'est exprimée, elle pourrait laisser croire à un retour de la bipolarisation "droite-gauche" traditionnelle. Il faut être plus fin dans l'analyse. Il est devenu banal de voter pour un camp lors d'une élection, et pour le camp adverse à l'élection suivante. Ce zapping électoral, que certains assimilent à du consumérisme politique, démontre, s'il le fallait, qu'il n'y a plus de vote d'appartenance, et constitue aussi, d'une certaine façon, une forme d'appel au dépassement des clivages idéologiques.

L'autre cause supposée de notre échec serait l'obsession présidentielle de François Bayrou. Ne refusons pas d'en débattre, et allons ici aussi au fond des choses. Le Mouvement démocrate est né de la percée que son leader a accomplie en 2007, rompant avec ce qui se faisait depuis plusieurs décennies. Il a libéré le centre de son asservissement à une droite dont on pouvait déjà pressentir que, avec Nicolas Sarkozy, elle irait à rebours des avancées démocratiques et sociales indispensables pour redonner à notre peuple cohésion et confiance en lui-même. Reste que le jeu institutionnel en France est aujourd'hui verrouillé. Il est fait pour cet affrontement destructeur de la gauche contre la droite.

L'essai qui a été marqué par François Bayrou lors de la dernière élection présidentielle ne pourra être transformé que par une autre élection présidentielle. Pour cela, il faudra cette fois-ci construire de nouvelles alliances, qui devront à la fois s'atteler au fond des réformes à entreprendre, mais aussi à la forme de notre vie politique et de sa représentation démocratique. Chacun sera mis face à ses responsabilités. Est-ce en s'appuyant sur les amis de M. Mélenchon que les socialistes pourront reconquérir le pouvoir ? Est-ce en restant sous le carcan étouffant d'une UMP totalement sous contrôle présidentiel que les humanistes de centre droit pourront faire entendre leur voix ? Ces questions, nous les poserons le moment venu à tous les Français, dans la transparence, et alors que les effets dévastateurs de la crise économique et sociale continueront à faire de très lourds dégâts, élargissant le rassemblement – espérons-nous – de ceux qui seront prêts à penser et à agir autrement.

Ce n'est pas un pari. Même si ce choix est exigeant, pour tous les démocrates, c'est la seule voie à suivre.

Robert Rochefort est député européen et membre du bureau exécutif du Mouvement démocrate

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