Notre journée à Bruxelles racontée par Romain C., étudiant à Sciences Po
Quel paradoxe, tout de même. Le cœur de l'Europe politique se trouve dans un
pays déchiré, dont l'unité est pour ainsi dire factice et dont les
gouvernements sont de plus en plus faibles.
Une ville où le flamand résonne sur les quais du métro, malgré la diffusion
très limitée de cette langue. Une cité ou la misère sociale est grandissante
par rapport au reste du pays. Une ville, somme toute, qui résume assez bien les
problèmes actuels de l'Union.
C'est malgré tout pleins d'entrain que nous montons dans le Thalys de neuf
heures moins le quart pour Bruxelles. L'occasion nous est donnée de pénétrer
les arcanes du pouvoir européen - et de nous rapprocher, de connaître des
institutions en apparence si éloignées du quotidien des français. L'ambiance
est bon enfant mais les discussions contournent habilement la question
politique : sans doute l'heure plutôt matinale.
Le marathon institutionnel débute sur les chapeaux de roue. Nous filons au
Parlement (oui, il y a un hémicycle à Bruxelles, en plus de l'assemblée
siégeant statutairement à Strasbourg), non sans un arrêt place Lux' où se sont
rassemblés de drôles de manifestants. Ils portent de grands masques parodiant
les traits des grands chefs d'État européens : voilà qui commence bien.
Niveau adhésion des masses, c'est raté. Le Parlement est un bâtiment imposant
et moderne situé dans un quartier où se trouve l'ensemble des institutions
européennes. Une sorte de place forte - plutôt accueillante, il faut le dire,
et assez éloignée de l'idée de paradis pour technocrates qu'on eût pu
imaginer.
On nous accueille avec le sourire et nous fonçons à travers moult couloirs.
Nous commençons par assister à la conférence de presse donnée par Corinne
Lepage et ses homologues européens pour le lancement de l'association des
anciens ministres de l'Environnement. On nous conduit ensuite vers une salle de
réunion, mise à notre disposition par le groupe ALDE (lib-déms). Pour la petite
histoire, elle se situe à l'étage 5 1/2 (il y a même un 5 3/4, Kafka doit être
content). Après quelques minutes d'attente, nous rencontrons Quentin Dickinson,
directeur des Affaires Européennes à Radio France - RFI. L'homme a le verbe
acéré, la boutade prompte et surtout, il a l'air extrêmement affairé. Il nous
explique quelles sont ses fonctions et passe en revue les troupes du
journalisme français à Bruxelles. Le contingent des gratte-papier et autres
stars du micro dépêchés au plus près de la machine européenne réduit comme peau
de chagrin, certes, mais il reste important - du moins pour la France.
Peut-être est-ce à cause de la désaffection des auditeurs pour les questions
regardant de près ou de loin l'UE.
Après avoir répondu à quelques questions (concernant notamment le sommet des
27 qui devait commencer quelques heures après), Dickinson nous a quittés. Le
groupe a donc pu profiter de la cafétéria du Parlement et surtout de la jolie
journée. Le contact étant lié, les discussions se sont concentrées sur des
sujets plus politiques et sur les perspectives d'emploi qu'offre Bruxelles.
Celles-ci sont variées et assez attrayantes pour des jeunes gens, généralement
attirés par l'action et la possibilité de découvrir de nouveaux horizons.
La journée a suivi son cours. Après une fugace rencontre avec l'euro-députée
MoDem Nathalie Griesbeck, son assistante (on dit aussi 'attachée', ce qui est
bien plus distingué, je trouve) nous prend en charge. Elle nous explique -
aidée par un jeune collègue fonctionnaire - ce qu'elle fait à Bruxelles (plein
de choses, croyez-moi) et nous illustre plus en détail les processus
décisionnel et consultatif bruxellois, plutôt obscurs pour le profane.
Ce n'est qu'en fin de journée que nous entrons dans le sancta sanctorum de
l'endroit : l'hémicycle. Il semble plus grand que sur les photographies et
ce qui frappe, ce sont les vingt-sept cabines de traduction simultanée juchées
au-dessus de l'assemblée.
Très vite, cependant, il faut partir car on nous attend à Europe
Ile-de-France, le lobby (qui n'en est pas vraiment un... ou si ? C'est
flou) chargé de représenter, comme son nom l'indique, les intérêts franciliens
à Bruxelles. Le lobbying est une pratique répandue et même encadrée par des
règlements, nous apprend-on. Tiens donc, voilà qui change des habitudes
franco-françaises du déjeuner 'entre amis' à la buvette du Sénat ou du côté des
quais dans le 7e. On retiendra du passage à E - IdF que le lobbying est un
métier formidable (dixit le lobbyiste-conférencier qui nous a éclairés sur le
sujet) et loin de l'image "graissage de patte" qu'on peut en avoir. Après tout,
les groupes de pression ne font que proposer des amendements et une vision des
dossiers aux parlementaires, ils ne leur mettent pas le couteau sous la
gorge !
La journée se termine ainsi. Dans le train du retour, je réfléchis à deux
choses. D'une part, Paris reste Paris - pardon, mais le charme de notre
capitale reste unique ! et d'autre part, la construction européenne est
d'autant plus louable qu'elle est, et restera, un processus difficile, une
sorte de combat contre les moulins à vent.