Démocrates, militants associatifs ou simplement intéressés par la
question, tous se sont retrouvés mercredi 16 décembre pour en discuter. Étaient
invités :
- Aude Luquet, conseillère régionale Modem
- Clément Lacoin, président de Plug n'Play
- Franck Lopez, de l'association le Refuge
- Éric Briand, professeur des écoles et militant Modem.
- Franck Faveur, président des Jeunes Démocrates (JDem)
Après une brève introduction par Thibaut, président des JDem 77, les
militants de Plug n'Play nous présentent leur association qui existe depuis
plusieurs années à Sciences Po. Il s'agit de représenter la diversité des
orientations sexuelles : ils se définissent comme LGBT (lesbiennes, gays,
bisexuels et transsexuels).
Le débat arrive naturellement sur le terrain politique, avec la question
suivante : que proposent les différents partis et en quoi se
différencient-ils ? L'évolution du MoDem est remarquée, puisque de nettes
différences existent entre ce que proposait l'UDF et ce que propose le MoDem
(droits à une union civile en mairie, droit d'adopter). Notons que les Jeunes
Démocrates ont été plus loin que leurs aînés puisqu'ils se sont prononcés pour
le mariage homosexuel. La comparaison avec les autres partis montre que le
MoDem a franchi un cap, puisqu'on n'observe pas d'autre différence avec le PS
que la reconnaissance du mariage, tandis que la droite a nettement plus de mal
à évoluer de ce point de vue là. Le gouvernement actuel n'a pas avancé sur la
question des droits, malgré les engagements pris par le candidat Sarkozy et
malgré la pression des militants associatifs proche de la droite, notamment
l'association Gaylib.
La discussion avec Anne Luquet, qui expose le programme du MoDem en la
matière, montre cependant que tout comme les autres partis, nous n'avons pas de
propositions concrètes en ce qui concerne la lutte contre l'homophobie par des
moyens comme l'éducation et la sensibilisation. Franck Faveur, qui a également
été membre de l'association Centr'Egaux, propose des « pistes » de
lutte qui passent notamment par le système éducatif. Les enseignants doivent
être sensibilisés à ces sujets et lutter quotidiennement contre l'homophobie à
l'école qui est trop souvent tolérée.
Charles, de Plug n'Play, trouve tout de même les politiques trop frileux sur
la question. Entre la droite, qui considèrerait l'homosexualité comme une forme
de handicap dans la vie sociale qu'il convient de combler, et la gauche qui a
tellement avancé qu'elle refuse de considérer les homosexualités comme une
communauté à part, il y aurait un espace que le MoDem devrait combler. Sa
vision, manifestement inspirée du communautarisme américain, est celle d'une
communauté que l'on reconnaît comme à part. L'égalité des droits entre
homosexuels et hétérosexuels est une évidence, mais elle est issue d'une lutte
qui ferait partie de « l'identité » de cette communauté. Celle-ci
doit donc être reconnue par la société. Les programmes d'histoire-géographie
pourraient par exemple faire une place à la lutte des droits pour les
homosexuels, à la manière de ce qui s'est fait pour la reconnaissance de la
lutte antiraciste.
Intervient ensuite Franck Lopez, de l'association Le Refuge. Il raconte
comme l'association soutient et accompagne les jeunes dont l'orientation
sexuelle est non-acceptée, et qui sont souvent en rupture avec leur famille. Il
s'agit parfois de cas extrêmes qui amènent l'association à héberger ces
personnes. Franck insiste sur la violence de l'homophobie et sur le rôle joué
par la famille, qui est le premier point de repère d'un jeune.
La question posée au départ revient donc : quelles actions ? On
observe un clivage au sein des participants au débat engagés en politique, dont
certains pensent que la politique ne peut pas tout, en particulier au sein de
la famille. Il serait donc normal que les associations jouent un rôle
primordial dans ce domaine. Cependant, cet argument est remis en cause par le
fait que les pouvoirs publics luttent déjà avec beaucoup de soin pour les
droits de l'enfant ou les droits des femmes au sein des familles.
De plus, on observe une réticence à l'action des associations elle-mêmes.
Les campagnes ministérielles, à l'image de la campagne d'affichage de juin
dernier qui n'a pas eu lieu dans toutes les universités, ne sont pas toujours
relayées. Au sein des administrations, beaucoup de réticences subsistent ;
on les observe également dans les collèges et les lycées qui refusent souvent
l'accès aux associations, accusées de prosélytisme.
Les familles et les jeunes eux-mêmes font souvent preuve de réticence, comme
nous le montre alors Éric, qui est instituteur. La question cruciale à laquelle
est liée notre débat est donc la question de la place des familles, et
notamment des parents d'élèves, dans la prise de décision des collèges et lycée
en la matière. Ce sont souvent les parents qui font obstacle à l'éducation et
la sensibilisation contre l'homophobie, en particulier dans certains quartiers,
tout comme ils font obstacle à la présence d'une éducation à la sexualité.
L'administration est donc d'autant plus frileuse sur ce point, malgré les
déclarations de principes des circulaires.
Éric nous raconte sa propre expérience d'enseignant. Dans le cadre de
« l'Instruction civique et morale », il amène ses classes de primaire
à réfléchir à la question du respect : sur quels sujets peut-on manquer au
respect ? Les discriminations sont régulièrement citées, mais Éric s'est
aperçu que la question de l'homosexualité était toujours la plus difficile, ce
qui montre que le tabou subsiste. Pour les jeunes, c'est même un problème de
vocabulaire qui se pose, puisqu'ils ne connaissent souvent pas le mot
« homosexuel ». L'école, pour Éric, n'est donc ni pour ni
contre : elle est frileuse.
Les débats ont donc montré que les pouvoirs publics avaient
besoin :
- de prendre conscience du problème qu'est l'homophobie
- de courage politique pour revaloriser la lutte contre l'homophobie dans le
système scolaire et pour lutter contre les conservatismes
- de mettre fin au laxisme qui subsiste vis-à-vis de cette question, comparé
aux autres discriminations
Le Mouvement Démocrate Sciences Po remercie en tout cas tous les
invités, les Jeunes Démocrates du 77, et les militants de Plug n'Play qui ont
su, à défaut d'obtenir des engagements concrets, faire œuvre de sensibilisation
parmi les participants au débat eux-mêmes.