Modem Sciences Po

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Réflexions

Fil des billets

jeudi 2 février 2012

Sortons la Présidentielle 2012 des faux débats franco-français !

"De nombreux thèmes de campagne relèvent en réalité de compétences européennes – et il serait temps que cela se sache." Retrouvez la tribune de Vincent Chauvet et Martin Wittenberg sur Le Cercle - Les Echos!

http://lecercle.lesechos.fr/presidentielle-2012/221142931/sortons-presidentielle-2012-faux-debats-franco-francais

vendredi 29 juillet 2011

"Zone euro : mutualiser pour mieux régner" Tribune de Vincent Chauvet dans LesEchos.fr

logo echos

Lire l'article ici http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/monnaies-et-taux/221136553/zone-euro-mutualiser-mieux-reg#comment-43144

club jade

Le site du Club Jade

Zone euro : mutualiser pour mieux régner

En accédant, grâce à la création d’eurobonds, au statut de véritable monnaie de réserve internationale, l’euro peut sortir grandi de la crise.

L’euro est peut-être sur le point de changer de dimension. Et ce, moins en raison d’une improbable sortie de l’union monétaire de certains Etats, que de la possibilité pour la devise européenne de devenir l’une des deux ou trois monnaies de réserve du prochain système monétaire international.

Le moment y est particulièrement propice. Le dollar voit sa fiabilité remise en cause par les graves difficultés budgétaires des Etats-Unis, le yen est depuis plusieurs années en déclin et l’internationalisation du yuan n’en est encore qu’au stade des expérimentations. De son côté, l'euro voit son usage international progresser.

S'il ne représente pour le moment que 20% des règlements commerciaux internationaux et 30% des réserves des banques centrales, l'euro est déjà la première monnaie mondiale sur le marché obligataire, devant le dollar. Toutefois le marché obligataire européen demeure fragmenté, chaque Etat membre émettant ses propres obligations souveraines à des taux différents, alors que l’excès mondial de liquidités n’a jamais été aussi important, augmentant le besoin des investisseurs pour des actifs sûrs et abondants.

Or, la théorie économique établit plusieurs conditions nécessaires pour accéder au rang de monnaie de réserve internationale : avoir une inflation faible et une relative stabilité macroéconomique, être une puissance commerciale avec un large marché intérieur et enfin posséder un secteur financier efficace reposant sur un marché obligataire profond et liquide.

La formation d’un marché obligataire intégré

L’Union européenne a commencé à créer des embryons d’eurobonds au travers des obligations émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), garanties par l’ensemble des membres de la zone euro, afin d’aider les pays périphériques.

Lors de sa première émission en janvier 2011, le FESF a ainsi réalisé la meilleure opération de l’histoire du marché obligataire, soutenue par la demande des grandes banques centrales mondiales. Alors que le marché des eurobonds demeure restreint, le Fonds européen émet aujourd’hui au niveau du taux interbancaire sans risque exigé sur les mêmes maturités.

Ainsi, grâce à une prime de liquidité supplémentaire et à des mécanismes de réduction de l’aléa moral (tel celui proposé par l'institut Bruegel consistant à ne mutualiser que la partie de la dette inférieure à 60% du PIB), il est possible que le rendement de futurs « vrais » eurobonds se révèle inférieur à celui des obligations allemandes actuelles.

D’où l’intérêt de passer au plus vite d’un système d’obligations nationales à un système d’obligations communes : il suffirait par exemple que les pays favorables aux eurobonds - aujourd’hui le Luxembourg, la Belgique et l’Italie, soit déjà la moitié des membres fondateurs de la CEE - fassent volontairement appel au FESF pour emprunter à leur place.

Les membres de la zone euro pourraient également décider d’émettre ensemble leurs obligations d’une durée inférieure à un an (sous certaines limites pour conserver un profil de dette cohérent). Ainsi, la Grèce, qui, bien que sous tutelle UE-FMI, continue d’émettre à trois mois à plus de 4%, pourrait profiter d’un taux plus bas, proche du taux français de 1%. Si cette expérience se révèle concluante, la mutualisation pourrait être étendue aux autres maturités.

Les privilèges de l’euro monnaie de réserve

Avec un marché obligataire intégré, qui assurerait solidairement la stabilité de la zone euro, la devise européenne posséderait tous les atouts pour intégrer, avec le dollar et le yuan, le système monétaire tripolaire qui se dessine.

Dans cette hypothèse, les entreprises européennes seraient progressivement moins soumises au risque de change (puisqu’une partie plus importante du commerce mondial serait réalisée en euro), tandis que les taux des obligations se rapprocheraient des taux américains.

La zone euro bénéficierait également davantage du seigneuriage, c'est-à-dire des revenus tirés par la BCE de l'émission de monnaie, équivalents à une taxe prélevée sur le montant croissant des avoirs en euros du reste du monde.

Les gains cumulés de la prime de liquidité et du seigneuriage pourraient alors représenter selon les calculs du Centre for Economic Policy Research (CEPR), de 0,1% à 0,5% du PIB chaque année. Au FMI, Prakash Kannan estime même qu’une telle situation contribuerait à améliorer les termes de l’échange pour la zone euro.

Enfin, le soft power européen en sortirait également renforcé et l’Europe aurait donc plus de poids pour inciter la Chine à intégrer davantage l’euro dans le panier de devises auquel le yuan est lié, contribuant ainsi à résorber les déséquilibres mondiaux qui persistent après la crise de 2008.

Jeune ministre des Finances du Général de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing pointait déjà en 1965 le « privilège exorbitant » du dollar. Dans le cadre d’un nouveau système monétaire international en gestation, et avec une certaine volonté politique d'approfondir la construction européenne, ce pourrait être bientôt à l’euro de goûter à ce privilège des grands.

Vincent Chauvet

vendredi 26 novembre 2010

L'Allemagne et son système de formation : un exemple à suivre.

"Il faut mettre le paquet sur l'éducation et la formation", assène régulièrement le Président du Mouvement Démocrate François Bayrou, qui veut faire de ces thèmes la première de ses priorités aux prochaines élections nationales. Un discours vraisemblablement suivi par la jeunesse, puisque selon un récent sondage d'Ifop pour la lettre de l'opinion, 19% des 18-24 ans voteraient pour lui au premier tour de la présidentielle de 2012.

Alors que le Président de la République a décidé, sous sa mandature, de cristalliser le débat public sur les retraites, le travail, ou l'identité nationale, les bons résultats de nos voisins allemands témoignent d'une capacité à préparer l'avenir dont il serait bon de s'inspirer.

Retour donc sur le système de formation allemand avec cet article éloquent du CIDAL.

Le système allemand de formation professionnelle loué par une étude de l’OCDE

« Les étudiants nous coûtent une fortune du fait du financement de leur formation, et tout ça pour devenir quoi ? Chauffeurs de taxi ! » Voilà une remarque qui, si on l’entend parfois, n’en est pas moins parfaitement fausse. D’après une récente étude de l’OCDE (« Regards sur l’éducation », menée tous les ans depuis 1996), assurer la formation de futurs diplômés, loin de coûter inutilement de l’argent à l’État, se révèle pour lui tout à fait rentable : une fois engagés dans la vie professionnelle, ces actifs hautement qualifiés sont en effet ceux qui paient le plus d’impôts et de charges sociales.

Une réalité qui se vérifie particulièrement en Allemagne : concrètement, un actif diplômé y rapporte 155 000 euros de plus à l’État que ce que le financement de sa formation puis de sa période de recherche d’emploi n’ont coûté à ce dernier. Dans aucun autre des 20 pays passés au crible par l’étude de l’OCDE, ce « rendement » pour l’État n’est aussi élevé qu’en Allemagne.

Le pays peut donc se réjouir d’un autre point souligné par « Regards sur l’éducation » : le nombre de jeunes qui y entreprennent des études a fortement augmenté. L’attractivité du système d’enseignement supérieur allemand n’est donc plus à démontrer, notamment auprès des étudiants étrangers : à égalité avec la France, et après les États-Unis puis l’Angleterre, l’Allemagne est leur destination préférée !

Pour autant, l’OCDE estime que l’Allemagne doit encore faire un effort de financement en matière de formation supérieure. Ce dont le pays, étant donné son évolution démographique, ne pourra de toute façon pas faire l’économie : de très nombreux actifs (ceux du « baby-boom » des années 50 et 60) s’apprêtant à partir à la retraite dans les prochaines années, la menace d’une pénurie d’actifs qualifiés est bien réelle… D’où l’impératif de tirer un meilleur parti des jeunes issus des classes sociales défavorisées en les poussant à faire des études, afin que l’économie allemande puisse profiter de tous les potentiels.

De ce point de vue toutefois, l’Allemagne peut se targuer de disposer d’un système de formation en alternance très performant, ce que l’étude de l’OCDE n’a pas manqué de mentionner - et ce dont la ministre fédérale de l’Éducation et de la Recherche, Annette Schavan - qui voit en lui « le fer de lance » de la formation « à l’allemande » - s’est félicitée. « Un chiffre en particulier mérite d’être souligné », a-t-elle dit. « Le taux de chômage des jeunes, en dessous de la barre des 10 %, est deux fois moins important en Allemagne que dans la moyenne internationale. Cela ne peut s’expliquer que par l’excellence de notre système de formation professionnelle. »

(Source : http://www.cidal.diplo.de)

samedi 19 juin 2010

La jeunesse, grande oubliée du débat sur les retraites

Alors que le Mouvement Démocrate déterminera dimanche prochain sa position sur la réforme des retraites, le Mouvement Démocrate Sciences Po et les Jeunes Démocrates de Paris affirment la nécessité de prendre en compte les avis et propositions des jeunes générations pour aboutir à une réforme socialement juste. Voici le texte de la contribution que nous avons envoyé en ce sens en préparation du Conseil national du dimanche 26 juin.


Contribution à la consultation du Mouvement Démocrate sur les retraites

LA JEUNESSE, GRANDE OUBLIEE DU DEBAT SUR LES RETRAITES

Les chiffres le démontrent : les retraités ont aujourd’hui, en moyenne, un niveau de vie supérieur à celui des actifs. Le taux de pauvreté des seniors n’a jamais été aussi bas par rapport à celui d’une jeunesse paupérisée et servant de variable d’ajustement de notre modèle social. Le patrimoine accumulé des seniors, leur taux de propriété élevé, les protègent contre la crise du logement qui frappe de plein fouet les jeunes générations. En prenant en compte les revenus du capital et du patrimoine, le revenu moyen des retraités dépasse nettement celui des générations encore sur le marché de l’emploi.

Les jeunes seniors entre 55 et 70 ans, qui ont bénéficié des Trente Glorieuses et des largesses du modèle social français, ont aujourd’hui les moyens de contribuer à l’effort de la nation, dans un contexte de crise et de déficits publics élevés. Ce constat, établi par de nombreux intellectuels, de tous bords politiques, peine aujourd’hui à se faire entendre dans le débat public. Le tabou qui conduit à ne jamais évoquer le relatif bien-être des retraités est étrange. Les quelques prises de position dissonantes – celle du sociologue Louis Chauvel, de la fondation Terra Nova, ou encore de la revue Esprit – se sont vite vues étouffées par un conformisme politique étonnant, probablement lié au poids électoral élevé des seniors.

Face à cette situation globalement privilégiée des retraités, il n’est pas inutile de rappeler les difficultés auxquelles fait face aujourd’hui la jeunesse. Le taux de chômage des jeunes a battu fin 2009 un record historique : 24%. La difficulté pour les jeunes à s’insérer dans le marché du travail est réelle ; la multiplication des contrats précaires le montre. Les années de galère des jeunes pour trouver un emploi, le scandale des stages non payés, semblent désormais être acceptées par la société comme un mal nécessaire. La situation de la jeunesse des banlieues est encore plus problématique et n’a pas réellement évolué depuis les émeutes de 2005. Le taux de pauvreté global des jeunes atteint 20%, soit le double de celui des seniors.

La réforme des retraites devrait être l’occasion d’un vrai débat de société, qui prenne en compte toutes les générations. Ce n’est pas, aujourd’hui, le cas : la réforme des retraites est pensée, conçue et de ce fait n’intéresse que les générations qui occupent le pouvoir. Les générations de « baby boomers », logiquement, n’ont pas les mêmes préoccupations que la jeune « génération Y » qui peine à se faire entendre, mais qui a pourtant son mot à dire dans les grandes orientations de notre pays. C’est en effet elle qui portera, dans quelques années, le poids de la dette de notre système de protection sociale.

Ce que nous proposons, c’est de rééquilibrer à l’occasion de la réforme des retraites la solidarité intergénérationnelle en faveur des jeunes générations. Cela passe – brisons le tabou – par une contribution plus importante des retraités aisés à l’effort de la nation en faveur de ses jeunes. Les besoins de financement de l’enseignement supérieur, des universités, des lieux de savoir sont aujourd’hui énormes. C’est la clé de notre avenir, dans un environnement mondialisé, que de bâtir un système d’enseignement supérieur de qualité, doté de riches moyens, rivalisant avec les plus grandes universités mondiales.

Notre objectif n’est pas de déclencher une guerre entre générations. Nous ne cherchons pas à opposer de façon manichéenne les « riches » retraités et les « pauvres » jeunes. La réalité est bien plus complexe que cette schématisation. Il existe des jeunes qui s’en sortent, grâce à leur milieu social ou grâce à l’éducation qu’ils ont pu recevoir. Il existe également des retraités aux pensions modestes qui peinent à joindre les deux bouts. Nos préconisations cherchent à prendre en compte cette complexité. Mais elles reposent néanmoins sur un choix de société qui peut déranger : faire en sorte que les générations aujourd’hui à la retraite contribuent à un effort nouveau en faveur des jeunes générations.

Le Mouvement Démocrate doit se saisir de cette analyse de la réforme des retraites qui diverge sensiblement de celle de l’UMP et du PS. La réforme préparée par le gouvernement demandera beaucoup de sacrifices aux retraités de demain, sans toucher la génération privilégiée des baby boomers actuellement à la retraite ou en voie de l’être. La gauche défend par idéologie la retraite à 60 ans, acquis symbolique depuis Mitterrand, sans toucher aux privilèges des seniors. Le Mouvement Démocrate, digne représentant d’une troisième voix, doit proposer à l’opinion publique des solutions pour les retraites fondées sur une nouvelle solidarité intergénérationnelle. Sans opposer les générations, l’objectif est de faire reposer plus équitablement l’effort collectif sur les générations de seniors les plus privilégiées, sans diminuer le montant des pensions les plus faibles, et ainsi mettre en place une réforme des retraites qui soit socialement juste.

Consulter la suite de notre contribution (PDF)

mardi 6 avril 2010

L'euro et la crise grecque : pour une gouvernance économique de l'Europe

La crise économique que nous traversons aura au moins eu le mérite d’ouvrir plusieurs pistes de réflexion, notamment sur le modèle de société, ou sur l’organisation et la régulation de l’économie mondiale. Malheureusement, la crise financière qui touche la Grèce n’a pas eu la même répercussion sur le débat public, alors qu’elle soulève aussi d’importantes interrogations, concernant le rôle de la monnaie unique européenne.

La situation de la Grèce a relancé les débats sur la justification de l’abandon des deux outils de politique économique que sont la politique monétaire et la politique de taux de change. En effet, face à un ralentissement économique de l’ampleur observé l’année passée, beaucoup de pays, notamment l’Irlande, ont ressentit la contrainte imposée par l’appartenance à l’euro qui interdit de regagner en compétitivité par la dévaluation. Mais le cas de la Grèce pose aussi la question de la pertinence d’une politique monétaire commune. En temps normal, une politique budgétaire aussi laxiste que celle de la Grèce peut être naturellement corrigée par la réponse d’une banque centrale souhaitant maîtriser l’inflation. Or dans le cadre de la zone euro, l’influence de l’inflation grecque sur la politique monétaire commune a été trop faible pour que ce mécanisme fonctionne, permettant à la Grèce de vivre au-dessus de ses moyens pendant aussi longtemps. La question qui se pose à présent est de savoir si les mécanismes de surveillance des finances publiques et de sanction, proposés notamment par l’Allemagne, seront suffisamment puissants pour remplacer la discipline imposée par une politique monétaire plus proche de la réalité économique dans chaque pays. Ceci pose la question de la viabilité d’une union monétaire entre des pays dont les économies sont encore si divergentes.

Mais ces questions ont déjà été posées à la création de l’euro, et la crise n’a fait que confirmer des doutes déjà exprimés. Ce qui est vraiment nouveau et qui mérite une sérieuse réflexion concerne les interrogations sur l’intérêt de la zone euro vue en tant qu’entité. Lors de la création de la monnaie unique, l’adoption du Pacte de Stabilité avait pour but de prévenir l’émergence de la situation actuelle, où la politique d’un Etat peut avoir des effets néfastes sur l’ensemble de la zone. Cependant la légèreté avec laquelle les critères du Pacte ont été pris, notamment par la France et l’Allemagne, montre que l’ampleur réelle du problème a été largement sous-estimée. L’émergence récente de propositions concernant la sortie ou l’exclusion d’un Etat membre de l’euro est un signe révélateur de la prise de conscience qu’une union monétaire nécessite plus que la simple existence d’une Banque Centrale Européenne. Jusqu’à présent les dirigeants de la zone euro se sont reposés sur une période de croissance pour éviter de faire le choix difficile concernant le niveau de solidarité qu’ils sont prêts à montrer envers l’ensemble des membres de l’union monétaire. La crise grecque montre que l’heure de faire ce choix est arrivée.

L’accord du 25 Mars dernier sur le plan de sauvetage de la Grèce justifie un certain optimisme en ce qui concerne la capacité des institutions européennes à faire face à cette nouvelle question et à aller de l’avant. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour trouver un équilibre viable entre responsabilité budgétaire de chaque Etat et solidarité entre les membres de la zone euro, ainsi que pour créer les institutions nécessaires pour entériner ce choix. De nombreuses propositions ont vu le jour dans les mois passés, notamment sur la création d’un Fonds Monétaire Européen et d’une agence européenne de la dette. La crise actuelle a commencé à servir de catalyseur pour améliorer la gouvernance économique au niveau européen, et ce processus ne doit pas s’arrête avant que l’objectif soit véritablement atteint. Il reste cependant un écueil de taille à éviter : il ne faut pas que ce travail de réflexion sur l’avenir de l’intégration européenne se fasse une nouvelle fois à l’insu de la majorité des citoyens européens.

Marie Le Mouel

samedi 13 mars 2010

Pascal Perrineau : "Il y a la volonté de sortir de la bipolarisation"

Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) explique pourquoi. Il décrypte aussi les enjeux de ce scrutin, qui pourrait contribuer à recomposer le paysage politique, dans ''Le Monde'' du 14 mars.

Après son succès aux élections européennes, Europe Ecologie peut-il briser la bipolarisation UMP-PS ?

Il y a la recherche confuse d'un ailleurs entre deux partis dominants, l'un dans l'espace de la droite, l'autre dans celui de la gauche. François Bayrou en avait profité en 2007 ; les écologistes peuvent en bénéficier aujourd'hui. Même si les électeurs d'Europe Ecologie se situent plus naturellement dans l'espace de la gauche que ceux du MoDem. Quoi qu'il en soit, il y a la volonté de sortir de la bipolarisation, que beaucoup d'électeurs considèrent comme un carcan qui n'est pas plus en phase avec les nouveaux enjeux.

Une troisième force peut-elle durablement s'installer ?

Il faut être très prudent, on l'a vu avec le MoDem. Cela dit, celui-ci était, dès le début, une affaire beaucoup plus personnelle que ne l'est Europe Ecologie. Si cette coalition réussit, comme aux européennes, à se situer aux alentours de 15 %, on pourra dire que cette troisième famille commence à exister durablement. Mais Europe Ecologie est une confédération de différents mouvements qui reste à organiser au-delà des Verts. La stratégie n'est pas encore lisible, car les écologistes ne sont pas d'accord entre eux sur le fait de savoir s'il faut ou non un candidat à la présidentielle. En termes pragmatiques, il ne faut pas trop creuser pour trouver assez vite des sensibilités différentes. Les fragilités sont évidentes.

lundi 22 février 2010

Barroso II : la grande loterie a eu lieu !

C’est le 10 février dernier que la Commission a été investie officiellement par le Parlement européen avec une majorité de plus de 70% des voix. Chiffre étonnant, si l’on veut bien se remémorer la petite musique de fond qui régnait alors en mai dernier lors des élections législatives européennes...

Qui ne se souvient pas sur le plateau d’Arlette Chabot le consensus entre Bayrou, Cohn-Bendit, Aubry, Mélenchon et Besancenot sur le “Non à Barroso !” ? Qui ne se souvient pas du programme commun aux 27 pays présenté par le Parti Socialiste Européen et qui défendait l’Europe sociale, en s’appuyant sur son antithèse libérale incarnée dans la personne même du Président de la Commission. Même l’extrême-droite, dénonçant la technocratie Bruxelloise, voulait la tête du portugais le plus célèbre d’Europe, celui qui “sait ne rien dire en cinq langues”.

Mais il y a un temps pour la politique, un autre pour être pragmatique. Le 16 septembre 2009, José Manuel Barroso est reconduit avec 66% des voix par le Parlement Européen. Aujourd’hui la nouvelle Commission Barroso II avec plus de 70%. Alors, pourquoi ?

La réponse tient en un mot : le compromis.

Mais attention, pas le compromis habituel, pas le compromis d’une coalition à l’allemande qui s’entend sur le nom d’un Chancelier et qui n’aboutit pas avant d’avoir trouvé un programme commun écrit et signé de la main même des présidents des partis concernés, ce que l’on appelle Outre-Rhin le Koalitionvertrag (Traité de coalition).

Non, le compromis européen de distributions des postes est beaucoup plus sournois, plus secret, plus tacite. Ces compromis là ne reposent pas sur des solutions trouvées à l’amiable dans l’intérêt des Européens, loin de là. Ils servent uniquement à satisfaire des ambitions personnelles, des ambitions de groupes parlementaires. Pensez-vous il y a des places à prendre ! Entre les places de président de commission (parlementaire, 23 cette année), les 14 sièges de Vice-président du bureau du Parlement, les 25 places de Commissaire européen, et même, pour Martin Schultz, celle de Président du Parlement pour un demi-mandat... Tous espèrent obtenir le plus de places possibles pour leur groupement politique.

Dans le discours de Daniel Cohn-Bendit dont les médias n’ont voulu retenir que le “ta gueule!” lancé à la figure de Martin Schulz, on a pu entendre l’homme que l’on avait entendu sur les plateaux de télévision il y a quelques mois. Il y dénonce aujourd’hui à juste titre le Bal des hypocrites formé par les socialistes, libéraux et même Verts de son parti. Les 70% de députés ont-ils donné leur vote à un programme commun pour l’Europe pour les cinq ans à venir ? Ont-ils donné leur vote, au fond, pour une Europe politique ?

Ils ont donné leur feu vert à cinq années supplémentaires d’une Europe Barrosienne molle en initiative, dont le jeu politique (de l’anguille en ce qui le concerne) amènera à une dépolitisation et un désintérêt encore plus poussés. Se sachant peu médiatiques par ailleurs, rares sont les députés qui auront à s’en défendre aux prochaines élections.

Dans cette grande loterie des places à pourvoir, chaque parti tente d’y trouver son compte. Pas sûr que les citoyens européens y trouvent le leur.

PS :

Le Mouvement Démocrate, conformément à ses engagements, a voté contre cette Commission. Nathalie Griesbeck, députée européenne dans la région grand Est, défend notre position.

dimanche 21 février 2010

Le Démocrate, une Belle Plante

Article de Tristan Annoot, étudiant à Sciences Po.


J’ai toujours un avis ; j’ai toujours un avis provisoire. A l’aune de ma jeune expérience, je constate qu’un sentiment politique s’éteint de façon lente, systématiquement. Et, pour le professionnel de la politique, une relation mécanique s’installe – dans la continuité de son engagement – entre l’appartenance à une chapelle et la poursuite d’une ambition. Dans ces conditions, il n’est pas d’action publique qui puisse se prévaloir d’une prétention à la vérité. Non que sa recherche soit à interrompre, il importe – aujourd’hui plus qu’hier – de se libérer des dogmes qui nous éloignent de la quiétude démocratique. Confrontés à la valeur égale des personnalités, des engagements opposés, il apparait que la capacité de recentrer son jugement – le médiatique « ni gauche ni droite » – est la plus haute forme de maturité politique. Nous libérer des passions doctrinales devrait être le grand objectif.

La critique d’un relativisme a bien été faite par Aristote. Nier l’existence d’une universelle vérité équivaut selon lui à méconnaitre le principe logique de contradiction. Ainsi l’on ne pourrait se dire de gauche, et de droite. Le même problème anime les détracteurs du centrisme contemporain. Ils affirment que – dans ces conditions – le qualificatif « de gauche » ou « de droite » ne signifierait plus rien de précis, les termes perdant leur sens.

Le compromis démocrate est-il contradictoire ? Les Démocrates ne se sentent pas dans une impasse théorique. Dans la conduite des affaires publiques, il faut prendre parti. Il est inévitable que les Démocrates accordent un crédit provisoire à quelque idée dont ils sont convaincus de la pertinence, sans pour autant prétendre à une vérité vérifiée. Les Démocrates français – s’appuyant sur les enseignements politiques du passé – ont d’ors et déjà rappelé la permanence du cadre républicain, qui doit créer les conditions d’un renouveau démocratique. Balayant toute superstition partisane, les Démocrates proposent un corpus de jugements politiques simples dont les fondements – à l’épreuve de l’expérience – se révèlent inébranlables.

Au contraire de l’homme ou de l’animal, lance Aristote avec ironie, le relativiste n’a pas à se déterminer, il n’embrasse aucun mouvement. Il est semblable à une plante. Le Démocrate saurait être cette plante, qui cultive sa propre équanimité. Il accepte les apports de son environnement. Il les reçoit également. Pour maintenir cette position, il s’est efforcé de détruire ses instincts naturels. Quittant les voies d’un autre siècle, il inscrit son discours dans un autre mouvement. C’est une mise en orbite de l’objet politique, qui flotte en rond dans un espace inexploré, un œil sur la sphère politique vieillissante.


samedi 9 janvier 2010

Réseaux sociaux politiques, quelques remarques

Capture_d_ecran_2010-01-09_a_11.55.42.png

Coopol et créateurs de possibles, Epicentre pour le nouveau centre, Lesdémocrates pour le Modem, Europe Ecologie qui va lancer sa nouvelle version… Nouveau sujet à la mode : tout le monde veut son mybarackobama.com

Et tout et n’importe quoi est dit, et fait, par les partis politiques. Quelques idées sur cette tendance fourre-tout.

Remplacer le web ?

Le dialogue, le débat citoyen, la proposition, la contestation, tout cela existe déjà.

Clamer, comme le fait l’UMP dans le mail envoyé que “avec les Créateurs de Possibles, l’internaute ne sera plus spectateur mais véritablement acteur de ce débat citoyen”, c’est céder à un tropisme habituel dans les entreprises et les partis politiques : croire qu’avant eux, rien n’existait.

La réalité, c’est que les partis politiques ont l’ambition de ramener à eux le formidable mouvement d’expression, de mobilisation, de sociabilité qui s’exerce en ligne. Par opportunité, d’une part, puisqu’il y a là un moteur d’élargissement de leurs soutiens, mais aussi par peur : ces mouvements autonomes de militants auto-organisés sont une menace pour la survie des partis.

Barack Obama l’a fait. Depuis la sortie de notre rapport Terra Nova, qui a circulé dans tous les Etats-Majors, tous ont compris un seul message : il nous faut notre réseau social, pour élargir la base des militants, et renforcer leur efficacité. Sans forcément penser, ou oser mettre en œuvre, les facteurs-clefs de succès de ces réseaux.

mercredi 2 décembre 2009

Le Nouveau Centre se la joue rétro


Le Nouveau Centre, c'est quoi ? C'est la question que se posent aussi les Français, puisqu'il apparait dans un sondage commandé par ce parti que moins d'1/3 d'entre eux sauraient le définir. Du côté du Nouveau Centre, évidemment, on s'inquiète : c'est bien normal.

Quelle est la solution que nous a trouvé M. Morin ? Se réapproprier, recycler l'appellation UDF - Union pour la Démocratie française - dont, il est vrai, sont issus la majorité de ses adhérents. Cela pose bien sûr un certain nombre de questions juridiques très intéressantes, relativement bien expliquées par cet article du Monde.

En réalité, là n'est pas vraiment la question. Il nous faut avant tout dénoncer la manipulation politique à laquelle se livrent les néo-centristes en se réclamant de l'UDF.

L'UDF, "allié naturel" de la droite ?

Qu'est-ce donc que ce Nouveau Centre qui essaie de se faire passer pour l'ancien ? Bonne question : les néo-centristes, à la manière des néo-libéraux vis-à-vis des vrais libéraux, n'ont peut-être pas grand chose en lien avec ce qu'on appelle traditionnellement le Centre.

Le Nouveau Centre se réclame de l'UDF en tant qu'"allié naturel" de la droite. Ils veulent, en somme, être une sorte de Junior Partner à la française, un copié-collé du FDP allemand. Passons sur le fait que le mode de scrutin allemand introduit un certain nombre de différences. Pouvait-on décrire, oui ou non, l'UDF comme un allié naturel de la droite ? Certes, cette fédération de partis a été créée en 1978 pour soutenir Valéry Giscard D'Estaing, que l'on peut raisonnablement qualifier d'homme du centre-droit - encore que sur un certain nombre de questions, il ait été plus proche de la gauche que de la droite.

La difficulté vient du fait que l'UDF n'était pas seulement un parti destiné à soutenir celui qui était alors le Président de la République. C'était une formation qui rassemblait des partis centristes et représentatifs d'un héritage plus ancien. Les quatre principaux partis ayant fondé l'UDF étaient en effet :

- le Centre des Démocrates Sociaux (CDS), héritier du MRP ; c'est la famille politique à laquelle appartenaient Jean Lecanuet et François Bayrou
- le Parti radical
- le Parti Républicain, auquel était affilié VGE
- le Parti social-démocrate, qui rassemblait des déçus de l'alliance PS-PCF

Peut-on qualifier cet ensemble hétéroclite d'allié naturel de la droite ? Ce n'est pas mon opinion. Tous sont avant tout centristes. Il est d'ailleurs intéressant de noter que lorsque le Parti républicain - devenu entre temps Démocratie Libérale - avait opéré un virage à droite, en soutenant notamment des Présidents de région élus avec le soutien du FN, il avait immédiatement quitté l'UDF.

On oublie aussi souvent que certains ministres de Mitterrand étaient de l'UDF pendant son deuxième mandat, et qu'un groupe parlementaire centriste soutenait alors les gouvernements de gauche à l'Assemblée.

L'UDF n'était donc pas l'allié naturel de la droite. Le Nouveau Centre, en s'en réclamant, ne se rappelle que du positionnement politique, qui était souvent en soutien de la droite. Mais il ne représente en rien l'ensemble des tendances du Centre qui étaient à l'origine de l'UDF.

De quelle droite s'agit-il ?

A cela s'ajoutent les évolutions qui ont affecté la droite elle-même. En 2002, lorsque Jacques Chirac crée l'UMP - Union pour la Majorité Présidentielle - son ambition est de rassembler la droite gaulliste et le centre derrière lui. Beaucoup le rejoignent alors. Le Centre doit choisir : se fondre dans la majorité, ou rester à sa marge...

Puis Nicolas Sarkozy a pris le contrôle de l'UMP. Il a un point commun avec Jacques Chirac : il refuse d'entendre des voix différentes s'exprimer au sein de la majorité.

La droite a changé depuis qu'elle soutient le pouvoir en place. Elle était conservatrice, elle est devenue quasiment libertaire - qu'on repense aux récentes polémiques... Elle était favorable à un développement économique qui profite à l'ensemble des Français ; aujourd'hui, des millions d'entre eux sont laissés sur la touche sans que cela semble inquiéter le pouvoir. Elle défendait un modèle d'assimilation des migrants à la République, par l'école et le travail ; aujourd'hui elle remet en cause même le droit d'asile. Elle était, en un mot, républicaine. Aujourd'hui, le pouvoir politique s'empare du pouvoir financier et médiatique, et se met hors la loi sans que cela semble poser problème.


Le Nouveau Centre, en soutenant le pouvoir en place, oublie les valeurs qui sont celles du centre : liberté, solidarité, tolérance, responsabilité. Elles étaient celles de l'UDF, ce sont aussi les nôtres.

- page 1 de 2