Modem Sciences Po

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dimanche 21 février 2010

Le Démocrate, une Belle Plante

Article de Tristan Annoot, étudiant à Sciences Po.


J’ai toujours un avis ; j’ai toujours un avis provisoire. A l’aune de ma jeune expérience, je constate qu’un sentiment politique s’éteint de façon lente, systématiquement. Et, pour le professionnel de la politique, une relation mécanique s’installe – dans la continuité de son engagement – entre l’appartenance à une chapelle et la poursuite d’une ambition. Dans ces conditions, il n’est pas d’action publique qui puisse se prévaloir d’une prétention à la vérité. Non que sa recherche soit à interrompre, il importe – aujourd’hui plus qu’hier – de se libérer des dogmes qui nous éloignent de la quiétude démocratique. Confrontés à la valeur égale des personnalités, des engagements opposés, il apparait que la capacité de recentrer son jugement – le médiatique « ni gauche ni droite » – est la plus haute forme de maturité politique. Nous libérer des passions doctrinales devrait être le grand objectif.

La critique d’un relativisme a bien été faite par Aristote. Nier l’existence d’une universelle vérité équivaut selon lui à méconnaitre le principe logique de contradiction. Ainsi l’on ne pourrait se dire de gauche, et de droite. Le même problème anime les détracteurs du centrisme contemporain. Ils affirment que – dans ces conditions – le qualificatif « de gauche » ou « de droite » ne signifierait plus rien de précis, les termes perdant leur sens.

Le compromis démocrate est-il contradictoire ? Les Démocrates ne se sentent pas dans une impasse théorique. Dans la conduite des affaires publiques, il faut prendre parti. Il est inévitable que les Démocrates accordent un crédit provisoire à quelque idée dont ils sont convaincus de la pertinence, sans pour autant prétendre à une vérité vérifiée. Les Démocrates français – s’appuyant sur les enseignements politiques du passé – ont d’ors et déjà rappelé la permanence du cadre républicain, qui doit créer les conditions d’un renouveau démocratique. Balayant toute superstition partisane, les Démocrates proposent un corpus de jugements politiques simples dont les fondements – à l’épreuve de l’expérience – se révèlent inébranlables.

Au contraire de l’homme ou de l’animal, lance Aristote avec ironie, le relativiste n’a pas à se déterminer, il n’embrasse aucun mouvement. Il est semblable à une plante. Le Démocrate saurait être cette plante, qui cultive sa propre équanimité. Il accepte les apports de son environnement. Il les reçoit également. Pour maintenir cette position, il s’est efforcé de détruire ses instincts naturels. Quittant les voies d’un autre siècle, il inscrit son discours dans un autre mouvement. C’est une mise en orbite de l’objet politique, qui flotte en rond dans un espace inexploré, un œil sur la sphère politique vieillissante.


samedi 9 janvier 2010

Réseaux sociaux politiques, quelques remarques

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Coopol et créateurs de possibles, Epicentre pour le nouveau centre, Lesdémocrates pour le Modem, Europe Ecologie qui va lancer sa nouvelle version… Nouveau sujet à la mode : tout le monde veut son mybarackobama.com

Et tout et n’importe quoi est dit, et fait, par les partis politiques. Quelques idées sur cette tendance fourre-tout.

Remplacer le web ?

Le dialogue, le débat citoyen, la proposition, la contestation, tout cela existe déjà.

Clamer, comme le fait l’UMP dans le mail envoyé que “avec les Créateurs de Possibles, l’internaute ne sera plus spectateur mais véritablement acteur de ce débat citoyen”, c’est céder à un tropisme habituel dans les entreprises et les partis politiques : croire qu’avant eux, rien n’existait.

La réalité, c’est que les partis politiques ont l’ambition de ramener à eux le formidable mouvement d’expression, de mobilisation, de sociabilité qui s’exerce en ligne. Par opportunité, d’une part, puisqu’il y a là un moteur d’élargissement de leurs soutiens, mais aussi par peur : ces mouvements autonomes de militants auto-organisés sont une menace pour la survie des partis.

Barack Obama l’a fait. Depuis la sortie de notre rapport Terra Nova, qui a circulé dans tous les Etats-Majors, tous ont compris un seul message : il nous faut notre réseau social, pour élargir la base des militants, et renforcer leur efficacité. Sans forcément penser, ou oser mettre en œuvre, les facteurs-clefs de succès de ces réseaux.

mercredi 2 décembre 2009

Le Nouveau Centre se la joue rétro


Le Nouveau Centre, c'est quoi ? C'est la question que se posent aussi les Français, puisqu'il apparait dans un sondage commandé par ce parti que moins d'1/3 d'entre eux sauraient le définir. Du côté du Nouveau Centre, évidemment, on s'inquiète : c'est bien normal.

Quelle est la solution que nous a trouvé M. Morin ? Se réapproprier, recycler l'appellation UDF - Union pour la Démocratie française - dont, il est vrai, sont issus la majorité de ses adhérents. Cela pose bien sûr un certain nombre de questions juridiques très intéressantes, relativement bien expliquées par cet article du Monde.

En réalité, là n'est pas vraiment la question. Il nous faut avant tout dénoncer la manipulation politique à laquelle se livrent les néo-centristes en se réclamant de l'UDF.

L'UDF, "allié naturel" de la droite ?

Qu'est-ce donc que ce Nouveau Centre qui essaie de se faire passer pour l'ancien ? Bonne question : les néo-centristes, à la manière des néo-libéraux vis-à-vis des vrais libéraux, n'ont peut-être pas grand chose en lien avec ce qu'on appelle traditionnellement le Centre.

Le Nouveau Centre se réclame de l'UDF en tant qu'"allié naturel" de la droite. Ils veulent, en somme, être une sorte de Junior Partner à la française, un copié-collé du FDP allemand. Passons sur le fait que le mode de scrutin allemand introduit un certain nombre de différences. Pouvait-on décrire, oui ou non, l'UDF comme un allié naturel de la droite ? Certes, cette fédération de partis a été créée en 1978 pour soutenir Valéry Giscard D'Estaing, que l'on peut raisonnablement qualifier d'homme du centre-droit - encore que sur un certain nombre de questions, il ait été plus proche de la gauche que de la droite.

La difficulté vient du fait que l'UDF n'était pas seulement un parti destiné à soutenir celui qui était alors le Président de la République. C'était une formation qui rassemblait des partis centristes et représentatifs d'un héritage plus ancien. Les quatre principaux partis ayant fondé l'UDF étaient en effet :

- le Centre des Démocrates Sociaux (CDS), héritier du MRP ; c'est la famille politique à laquelle appartenaient Jean Lecanuet et François Bayrou
- le Parti radical
- le Parti Républicain, auquel était affilié VGE
- le Parti social-démocrate, qui rassemblait des déçus de l'alliance PS-PCF

Peut-on qualifier cet ensemble hétéroclite d'allié naturel de la droite ? Ce n'est pas mon opinion. Tous sont avant tout centristes. Il est d'ailleurs intéressant de noter que lorsque le Parti républicain - devenu entre temps Démocratie Libérale - avait opéré un virage à droite, en soutenant notamment des Présidents de région élus avec le soutien du FN, il avait immédiatement quitté l'UDF.

On oublie aussi souvent que certains ministres de Mitterrand étaient de l'UDF pendant son deuxième mandat, et qu'un groupe parlementaire centriste soutenait alors les gouvernements de gauche à l'Assemblée.

L'UDF n'était donc pas l'allié naturel de la droite. Le Nouveau Centre, en s'en réclamant, ne se rappelle que du positionnement politique, qui était souvent en soutien de la droite. Mais il ne représente en rien l'ensemble des tendances du Centre qui étaient à l'origine de l'UDF.

De quelle droite s'agit-il ?

A cela s'ajoutent les évolutions qui ont affecté la droite elle-même. En 2002, lorsque Jacques Chirac crée l'UMP - Union pour la Majorité Présidentielle - son ambition est de rassembler la droite gaulliste et le centre derrière lui. Beaucoup le rejoignent alors. Le Centre doit choisir : se fondre dans la majorité, ou rester à sa marge...

Puis Nicolas Sarkozy a pris le contrôle de l'UMP. Il a un point commun avec Jacques Chirac : il refuse d'entendre des voix différentes s'exprimer au sein de la majorité.

La droite a changé depuis qu'elle soutient le pouvoir en place. Elle était conservatrice, elle est devenue quasiment libertaire - qu'on repense aux récentes polémiques... Elle était favorable à un développement économique qui profite à l'ensemble des Français ; aujourd'hui, des millions d'entre eux sont laissés sur la touche sans que cela semble inquiéter le pouvoir. Elle défendait un modèle d'assimilation des migrants à la République, par l'école et le travail ; aujourd'hui elle remet en cause même le droit d'asile. Elle était, en un mot, républicaine. Aujourd'hui, le pouvoir politique s'empare du pouvoir financier et médiatique, et se met hors la loi sans que cela semble poser problème.


Le Nouveau Centre, en soutenant le pouvoir en place, oublie les valeurs qui sont celles du centre : liberté, solidarité, tolérance, responsabilité. Elles étaient celles de l'UDF, ce sont aussi les nôtres.

mercredi 4 novembre 2009

Quelles alliances pour le MoDem ? Quel positionnement politique ?

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Tel était le thème de notre débat de jeudi dernier à Sciences Po.

Cette question se pose beaucoup en ce moment. Le Mouvement Démocrate s'oppose, par l'intermédiaire de ses élus et des ses dirigeants, à beaucoup des politiques menées par le gouvernement actuel. Par ailleurs, François Bayrou a montré depuis le débat de l'entre-deux tours qu'il était prêt à dialoguer avec la gauche autant, sinon plus, qu'avec la droite. Ce choix est-il le bon ? Allons-nous ainsi à l'encontre de ce qui fait notre identité politique ? Ce débat fait partie intégrante de la présidence Sarkozy, comme on a pu le voir cet été. Depuis son "offre publique de dialogue", M. Bayrou oeuvre dans l'ombre à ce projet en rencontrant des membres de toutes les familles politiques françaises.

Il est ressorti de notre discussion que notre indépendance, qui était en soi un des fondements de notre projet de 2007, était l'idéal que nous souhaitions. Pour changer le pays, l'élection présidentielle apparait comme étant l'élection principale, et c'est pourquoi, par principe, nous adhérons au combat qu'a mené François Bayrou en 2007.

Cependant, l'idéal ne correspond pas nécessairement à la réalité. Depuis 2007, les revers électoraux ont été nombreux, alors que dans le même temps, les craintes concernant le pouvoir en place se sont souvent confirmées. Pour "barrer la route" à une réélection de Nicolas Sarkozy en 2012, faut-il s'allier avec d'autres formations politiques appartenant à l'opposition officielle... ou plus discrète ? Celle-ci serait à chercher dans les rangs de l'UMP, dit-on parfois. Cependant, cela supposerait aussi, probablement, un accord avec la gauche dont la forme reste à définir. Accord préalable au premier tour sur des valeurs communes ? "Ticket" de deux candidats appelés à devenir Président et Premier Ministre - et qui serait le 2ème candidat ? Contrat de gouvernement signé dans l'entre deux tours ? Ou bien, dans la tradition de la Ve, simple désistement des candidats des partis de l'opposition actuelle, au profit du mieux placé, entre les deux tours des législatives (et par la force des choses entre les deux tours de la présidentielle)... Les hypothèses sont nombreuses, et toutes ont des défauts.

Certains d'entre nous pensent aussi que pour influencer les décisions du pouvoir, pour disposer d'un financement à la mesure de nos ambitions, en un mot pour peser dans la vie politique française, nous devrions maintenant essayer d'avoir plus d'élus. Le fait qu'il n'existe pas de groupe parlementaire Mouvement Démocrate à l'Assemblée Nationale est par exemple un problème. De la même façon, lors des élections régionales à venir, peut-être faudrait-il s'allier avec un ou plusieurs partis de gauche... en supposant qu'ils aient encore besoin de nous. Or, un score de 10% des suffrages est requis pour conserver son autonomie, ceci n'assurant qu'un nombre très faible d'élus, puisque la prime majoritaire est la règle aus régionales. Dans le cadre de la stratégie d'autonomie décidée par les instances du MoDem, notre meilleur atout resterait donc de relancer une dynamique qui nous permette d'avoir des élus.

Ce dernier point me semble essentiel. Il est illusoire de réfléchir à des alliances si le MoDem ne parvient à convaincre qu'une partie infime des électeurs. Comme on dit en France, nous voulons être un "parti de gouvernement". Participer à un gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite, en tant que petit parti allié serait contradictoire avec notre projet initial. C'est pourquoi il nous faut à nouveau convaincre, avant de réfléchir avec qui nous pourrions gouverner, si seulement nous le souhaitons. Pour cela, il nous faut absolument définir précisément quelles sont nos valeurs communes, afin de donner du sens à l'ensemble des mesures que nous proposons et qui, elles, sont bien réelles.

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