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Réflexions

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mercredi 4 novembre 2009

Quelles alliances pour le MoDem ? Quel positionnement politique ?

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Tel était le thème de notre débat de jeudi dernier à Sciences Po.

Cette question se pose beaucoup en ce moment. Le Mouvement Démocrate s'oppose, par l'intermédiaire de ses élus et des ses dirigeants, à beaucoup des politiques menées par le gouvernement actuel. Par ailleurs, François Bayrou a montré depuis le débat de l'entre-deux tours qu'il était prêt à dialoguer avec la gauche autant, sinon plus, qu'avec la droite. Ce choix est-il le bon ? Allons-nous ainsi à l'encontre de ce qui fait notre identité politique ? Ce débat fait partie intégrante de la présidence Sarkozy, comme on a pu le voir cet été. Depuis son "offre publique de dialogue", M. Bayrou oeuvre dans l'ombre à ce projet en rencontrant des membres de toutes les familles politiques françaises.

Il est ressorti de notre discussion que notre indépendance, qui était en soi un des fondements de notre projet de 2007, était l'idéal que nous souhaitions. Pour changer le pays, l'élection présidentielle apparait comme étant l'élection principale, et c'est pourquoi, par principe, nous adhérons au combat qu'a mené François Bayrou en 2007.

Cependant, l'idéal ne correspond pas nécessairement à la réalité. Depuis 2007, les revers électoraux ont été nombreux, alors que dans le même temps, les craintes concernant le pouvoir en place se sont souvent confirmées. Pour "barrer la route" à une réélection de Nicolas Sarkozy en 2012, faut-il s'allier avec d'autres formations politiques appartenant à l'opposition officielle... ou plus discrète ? Celle-ci serait à chercher dans les rangs de l'UMP, dit-on parfois. Cependant, cela supposerait aussi, probablement, un accord avec la gauche dont la forme reste à définir. Accord préalable au premier tour sur des valeurs communes ? "Ticket" de deux candidats appelés à devenir Président et Premier Ministre - et qui serait le 2ème candidat ? Contrat de gouvernement signé dans l'entre deux tours ? Ou bien, dans la tradition de la Ve, simple désistement des candidats des partis de l'opposition actuelle, au profit du mieux placé, entre les deux tours des législatives (et par la force des choses entre les deux tours de la présidentielle)... Les hypothèses sont nombreuses, et toutes ont des défauts.

Certains d'entre nous pensent aussi que pour influencer les décisions du pouvoir, pour disposer d'un financement à la mesure de nos ambitions, en un mot pour peser dans la vie politique française, nous devrions maintenant essayer d'avoir plus d'élus. Le fait qu'il n'existe pas de groupe parlementaire Mouvement Démocrate à l'Assemblée Nationale est par exemple un problème. De la même façon, lors des élections régionales à venir, peut-être faudrait-il s'allier avec un ou plusieurs partis de gauche... en supposant qu'ils aient encore besoin de nous. Or, un score de 10% des suffrages est requis pour conserver son autonomie, ceci n'assurant qu'un nombre très faible d'élus, puisque la prime majoritaire est la règle aus régionales. Dans le cadre de la stratégie d'autonomie décidée par les instances du MoDem, notre meilleur atout resterait donc de relancer une dynamique qui nous permette d'avoir des élus.

Ce dernier point me semble essentiel. Il est illusoire de réfléchir à des alliances si le MoDem ne parvient à convaincre qu'une partie infime des électeurs. Comme on dit en France, nous voulons être un "parti de gouvernement". Participer à un gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite, en tant que petit parti allié serait contradictoire avec notre projet initial. C'est pourquoi il nous faut à nouveau convaincre, avant de réfléchir avec qui nous pourrions gouverner, si seulement nous le souhaitons. Pour cela, il nous faut absolument définir précisément quelles sont nos valeurs communes, afin de donner du sens à l'ensemble des mesures que nous proposons et qui, elles, sont bien réelles.

mercredi 28 octobre 2009

Un expert au paradis des technocrates : Robert Rochefort s'est-il coupé du monde au Parlement Européen ?


Suite à une période un peu moins active sur ce blog, je lance une série d'articles sur les députés européens français de l'ADLE (Alliances des Démocrates et Libéraux pour l'Europe, le groupe parlementaire auquel sont inscrits les députés MoDem).

Alors que ce sont tenues très récemment les « assises de la consommation », dans un climat tendu en cette période de crise économique et écologique, il me paraît judicieux d'entamer cette série avec Robert Rochefort, élu de la région Sud-Ouest.

Économiste statisticien et sociologue, il était depuis 1995 directeur du CREDOC, l'organisme de recherche qui s'intéresse aux conditions de vie des Français. Il a écrit un certain nombre d'ouvrages à ce sujet, tels que : « Société des consommateurs », « La France schizophrène », « L'environnement : une question sociale » (avec Dominique Voynet), « Vive le papy-boom », ou encore récemment « Le bon consommateur et le mauvais citoyen ».

En 2007, il décide de rejoindre le Mouvement Démocrate. Comment un analyste reconnu se décide-t-il à faire de la politique ? Pourquoi le MoDem ? Voici quelques éléments de réponse, tirés d'une interview parue dans le Figaro il y a quelques mois. C'est une analyse simple... mais très clairement exprimée.

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Pourquoi vous engager aux côtés de François Bayrou ?

Tout d'abord, je veux préciser que je vous réponds en tant que candidat Modem, pas en tant que patron du CREDOC. Pour revenir à votre question, elle est double, à mon sens. D'une part, pourquoi une personnalité issue de la personnalité civile telle que moi s'engage en politique ? Et bien parce que j'étudie depuis des années la société française et ses craintes, ses angoisses et j'ai envie de quitter ce rôle d'observateur pour devenir un acteur. Ensuite, pourquoi François Bayrou ? Car je suis en accord avec lui et que j'estime qu'il est, de loin, celui qui a la pensée avec laquelle je me sens le plus en accord. C'est l'un des rares hommes politiques à avoir une pensée et une analyse profondes de la société. C'est un littéraire, un historien, qui a un engagement qui s'enracine dans la France, dans ses valeurs. En 1993, lorsque j'ai commencé à analyser la société, la crise frappait déjà le pays. On parlait déjà d'une société angoissée, inquiète de son avenir. Cette crise a perduré jusqu'à la fin des années 1990, puis on a eu une période de croissance. Durant cette époque, on a connu deux alternances : la droite de Jacques Chirac puis la gauche avec Lionel Jospin. J'ai pu constater que ni l'une ni l'autre n'avaient pu redonner confiance au pays. Aujourd'hui, la France se sent déclassée, ringardisée, perdue.

Le Modem peut-il exister en France face à l'UMP et au PS ?

D'après mon expérience, on a en France environ 15% des gens qui plaident en faveur des réformes, qui souhaitent avancer, qu'ils soient à gauche ou à droite. Ce sont des cadres, des intellectuels, des professions libérales. Mais les classes populaires ne comprennent pas la nécessité de ces réformes et se sentent exclues. Pour qu'elles ne sentent plus décalées, il faut faire de la politique autrement. François Bayrou propose une méthode différente, qui consiste à ne pas bombarder la France de réformes sans associer les Français à ces réflexions. Nicolas Sarkozy a multiplié les réformes et les annonces, mais ce-faisant, il a déstabilisé la société, il l'a plongé dans le doute. A force de dire que tout doit être réformé, que rien ne va, la France se sent ringarde, se perçoit de manière négative. Or on ne peut pas faire évoluer la société contre les gens. Quant au PS, au-delà de ses querelles internes, les solutions proposées sur le fond ne me conviennent pas non plus. Leur plan de relance face à la crise n'est pas crédible, la hausse du SMIC, de la consommation, ce ne sont pas des solutions que j'approuve.
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Dans ses travaux, puis plus récemment en tant que député, Robert Rochefort s'est particulièrement intéressé à la problématique des modes de consommation.

Il critique ainsi régulièrement le modèle de « sur-consommation » qui consiste à consommer toujours plus, toujours moins cher. En s'accrochant à une époque révolue – celle des Trente Glorieuses – les Français ne se rendent pas compte de ce qu'implique le fait de consommer toujours plus. Pire, ceci ne peut se faire qu'au prix d'un endettement croissant, et en dépit de la contrainte que représente l'épuisement des ressources de la planète.

Cela doit-il remettre en cause l'économie de marché et la liberté des citoyens ? Pour M. Rochefort, la réponse est clairement non. M. Rochefort semble au contraire appeler à une responsabilisation des citoyens et de la société civile, appliquant ainsi le principe énoncé plus haut selon lequel « on ne peut pas faire évoluer la société contre les gens ». Dans le cadre des Assises de la consommation, il a notamment défendu l'idée des recours collectifs de consommateurs (class actions), afin d'accroître la pression sur les entreprises qui parfois se jouent aisément des lois et règlements. Il a d'autre part condamné la volonté du gouvernement d'encadrer les associations de consommateurs.

Sur bien des sujets, il apparaît donc comme étant un conservateur très concerné par les questions sociales. C'est ce qui l'a conduit, notamment, à prendre position contre le travail le dimanche, ou pour une défense du commerce de proximité : « le commerce est avant tout une activité d'échange, à tous les sens du terme », écrit-il sur son site.

Le positionnement politique, en soi peu original, devient plus intéressant lorsqu'on le met en relation avec sa formation et sa carrière d'économiste. Bien qu'étant un expert habitué à manipuler des notions et des masses de données abstraites, il me semble que M. Rochefort se rend compte que la vie des gens n'est pas exclusivement motivée par l'argent. De plus, contrairement à ce que l'on observe souvent, conservatisme ne rime pas avec immobilisme selon lui. Conscient de l'évolution de la société, il cherche simplement à imaginer les meilleurs moyens permettant de l'accompagner...

dimanche 27 septembre 2009

Peut-on écrire une histoire du centre en France ?

Pierre-Emmanuel, étudiant à Sciences Po et démocrate, défend dans ce texte l'idée qu'il existe une tradition centriste profondément ancrée à la fois dans l'histoire politique de notre pays et dans la société française. Pour lui, le centre a vocation à participer à la formation du compromis qui doit précéder l'action politique.

"Le centre a-t-il une histoire ?

La doxa se plait à nous dépeindre une politique française éternellement divisée en deux parties plus ou moins opposées. Il y a peu encore, un éminent politologue de Sciences-Po Paris, déclarait lors d’une conférence à Menton peu avant l’élection présidentielle de 2007 que « le mouvement de François Bayrou  ne pouvait s’implanter durablement dans un système résolument bipolaire ». Mais l’hostilité des politologues vis-à-vis du centre va plus loin et d’aucun remet en cause l’existence même d’une histoire du centre. S’il est vrai que le scrutin majoritaire uninominal à deux tours est foncièrement défavorable aux partis comme le Modem, cela ne permet pas pour autant d’en déduire que le centre n’a pas d’histoire en tout cas en France. Depuis 1958, il est vrai, les différentes formations centristes ont toujours été annihilées soit par l’un ou l’autre des pôles. Mais c’est une erreur de la part de ces politologues de croire réduire l’histoire politique de la France aux 50 dernières années. Pour comprendre véritablement les Français, leurs votes, leurs comportements et cultures politiques, il faut nécessairement replonger au-delà, dépoussiérer l’ensemble de l’histoire contemporaine française et ce depuis l’avènement de la démocratie.

Un strict clivage droite-gauche ?

Afin de réfuter l’idée même d’un clivage droite-gauche qui aurait structuré toute l’histoire politique française, il me paraît nécessaire de retracer rapidement son évolution. Concentrons-nous quelque peu sur ce que l’on appelle couramment le clivage droite-gauche. Il n’est pas nécessaire de rappeler que ce clivage prend sa source dans le vote sur le veto royal en 1789, tant cette idée est largement répandue. S’il y a bien une chose frappante dès lors que l’on étudie l’histoire politique de la France depuis 1789, c’est bel et bien que ce clivage est mouvant : être de gauche en 1830, n’est pas la même chose qu’être de Gauche en 2009. Du clivage pour ou contre le veto royal, en passant par le clivage monarchiste/ républicains, on arrive après l’Affaire Dreyfus et la structuration des mouvements sociaux à un clivage axé autour de la question économique.

Pour reprendre la théorie de Stein Rokkan, le clivage ne recoupe pas sur la longue durée un clivage sociétal et même si depuis le début du XXe siècle, il correspond à peu près au clivage possédant-travailleur, il n’en reste pas moins qu’il ne cesse de s’en éloigner (voire les théories d’Inglehart). (Selon Lipset et Rokkan, quatre clivages fondamentaux s'expriment dans la construction de l'Etat moderne autour de deux révolutions, la révolution nationale (l'édification de l'Etat et l'avènement de la démocratie parlementaire) et la révolution économique (le passage au mode de production industriel): possédants/travailleurs, Etat/Eglise, Centre/périphérie, primaire/secondaire.) Dès, lors si le clivage n’est pas fondé sur un partage réel de la société française, historiquement immuable (formule quasiment antithèque), on pourrait en conclure avec Duverger qu’il est après tout logique. Lorsque l’on doit choisir sur un grand problème de société, la division se crée d’elle-même entre ceux qui sont favorables et ceux qui s’opposent à la solution prônée. Mais au-delà du problème que cela pose pour tous les modérés qui ont cherché la coopération, la négociation dans l’Histoire, cet idéal-type passe complètement à côté de la réalité plurielle des clivages politiques en dehors de la France, comme c’est le cas en Italie, Allemagne (où le clivage politique laisse clairement la place à des courants centristes).

Mais pour poursuivre aux côtés des institutionnalistes (politologues qui accordent une place centrale aux institutions dans leur analyse de la politique), ceux-ci évacuent la question par le rôle prépondérant donné aux institutions sur le clivage, ce qui bien sûr est favorable au découpage partisan (partis de gauche, partis de droite). En effet, le suffrage uninominal à 2 tours favorise la bipolarisation puisqu’il ne laisse que 2 candidats au second tour. Mais même si ce schéma réducteur peut-être remis en cause (pensons à l’élection de 2002 qui opposait un candidat de droite à un candidat d’extrême-droite), il ne prend pas en compte les attitudes et cultures politiques qui fondent les courants contemporains (voire à ce propos les travaux de Georges Lavaux). Pourtant, lorsque les sondages viennent étudier les préférences politiques de la population, 30% des Français se déclarent du centre contre 30% respectivement pour chacun des deux pôles.

On peut donc déduire de cette petite analyse que le clivage droite-gauche est avant tout une question de sentiment d’appartenance, de rattachement à une culture politique et de pratique qui ne peut se réduire à des résultats électoraux. Dès lors, se poser la question de l’histoire du centre c’est essayer d’appréhender ce qui peut fonder au fil du temps une pratique et culture politique centriste.

Le centrisme comme pratique politique :

Évidemment, on ne peut expurger par un effet de manche l’argument institutionnel et il est certain que le vote à la proportionnelle est nettement plus favorable aux courants centristes. Il suffit pour s’en persuader de voir les difficultés d’émergence d’un courant centriste depuis 1958 et l’instauration du scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Est-ce suffisant pour en conclure sur l’impossibilité de fonder un mouvement centriste dans les institutions de la Vème République ? À mon avis, non.

-Tout d’abord ces institutions possèdent une élasticité impressionnante et si l’on a cru leur adaptation à un pouvoir de gauche impossible, la double présidence de François Mitterrand a prouvé le contraire.

-D’autre part, contrairement à ce que l’on croit souvent, les institutions de la Vème République n’ont pas tué le centrisme. En effet, si peu de partis proprement centristes ont résisté au scrutin majoritaire à 2 tours, le centrisme a perduré au sein des grands partis de gauche et de droite modérée tels le RPR (UMP) et le PS. Ainsi, on peut déceler chez certaines grandes figures de ces deux partis des attributs particuliers au centrisme que l’on détaillera plus loin.

-Il s’agit également de mettre en valeur un phénomène particulier à la Vème République et qui en ont indigné certains : la cohabitation. Si elle peut paraître hybride et inacceptable, elle est néanmoins l’un des éléments qui force au consensus, à la modération, et amène au développement d’un certain centrisme.

-De même on peut souligner qu’après leur élection, la plupart des présidents de la République se recentrent afin de créer un consensus nécessaire à l’unité de la République (comme le roi le fait en Belgique).

-Mais ce phénomène est corollaire d’un autre plus ancré dans les mentalités et leurs évolutions : la déradicalisation des grandes familles politiques. Ainsi, avec le « tournant de la rigueur » (1983), la Gauche a rompu avec un marxisme devenu suranné pour les dirigeants de l’époque face à la construction européenne et aux nouveaux enjeux de société.

Cet élément a permis l’essor des courants centristes au sein du parti socialiste jusque-là suspects, personnalisés par Michel Rocard, ou Jacques Delors. Ce phénomène semble moins important à Droite, où l’on constate au contraire, une poussée de l’extrême-droite. Une telle perspective doit pouvoir s’expliquer entre autres par la montée de l’extrême-droite qui influa sur les positions de la droite traditionnelle (à tel point que si l’on a souvent parlé de l’influence des partis de gauche sur le PS, appelée « sinistrisme », on a beaucoup moins abordé ce « dextrisme »). La décrépitude de la gauche extrême dans les années 80-90’s conjointement à l’exercice du pouvoir a au contraire favorisé le recentrage du PS.

Mais ce centrisme de gouvernement a également un contre-coup dont on voit les conséquences depuis 2002 : il favorise la réémergence des courants extrémistes lorsque le mécontentement populaire se fait ressentir, ce qui explique en partie le retour en force des courants d’extrême-gauche depuis 2002.

Quelles caractéristiques ?

- Ce dernier élément nous amène à une autre constatation qui prouve la validité d’une tradition centriste y compris en France. Elle est liée à l’exercice même du pouvoir qui s’accompagne toujours de compromis, d’alliances, de recentrage. Si les idéologues, et autres redresseurs de torts, ont toujours le haut du pavé en termes d’audience, il n’en reste pas moins qu’un parti au pouvoir est forcément obligé de faire des compromis, voire pour certains de se compromettre. Dès lors, face à des pressions extérieures, au rôle de l’opposition et de l’opinion publique, les dirigeants au pouvoir sont forcés de se recentrer, comme peut en témoigner le « tournant de la rigueur » déjà cité, ou encore la dévaluation et les désillusions du gouvernement Blum en 1936.

- Mais cet élément nous amène à une réflexion plus éclairante sur la stratégie partisane. Pour se maintenir au pouvoir, le courant en place peut procéder à un recentrage afin de ratisser un plus large électorat. Ce type de recentrage stratégique est typique de la politique du Labour en Angleterre dans les années 90-2000. De même en France, Raymond Poincaré (1926-29), puis Michel Rocard (1988-91) tenteront (et réussiront plutôt bien) à former un consensus des forces républicaines autour de leur gouvernement.

- On a vu le poids des extrêmes dans le positionnement politique des partis classiques, on peut même avancer que le refus des extrêmes est également l’un des fondements de la pensée centriste. Ainsi, en Flandres, les gouvernements rassemblent des mouvements de tous bords afin de résister aux pressions des partis extrémistes (« cordon sanitaire » face au Vlaams Belang). Mais cette politique d’union (après tout la devise de la Belgique est bien « l’Union fait la force ») s’applique aussi depuis la récente crise (pas l’économique, quoi qu’elle joue aussi, mais plutôt la crise communautaire), face à la menace interne, les forces modérées trouvent un terrain d’entente en vue de trouver des solutions pour surmonter la crise. Dès lors, un centrisme forcé, certes, mais salvateur se dessine au sein du gouvernement. De même tout au long de l’histoire politique française on constate des alliances au centre pour résister aux extrêmes, que l’on pense aux lois constitutionnelles de 1875, ou de la troisième force (1947-1951).

- Enfin, s’il faut déceler encore une caractéristique du centrisme, et bien on la trouverait dans le miroir des extrêmes. Le refus des idéologies extrémistes engendre la formation d’une vision pragmatique de la société, qui refuse d’opposer une part de la population à une autre, tout en proposant une évolution, une rénovation, mais dans le respect des règles de vie démocratique, et sans provoquer de bouleversements sociaux. Le centrisme et les partis du centre ont même servi l’affermissement de la démocratie comme en Allemagne ou en Espagne après la fin des dictatures, ainsi qu’en France depuis les débuts de la IIIe République (n’oublions pas que le premier scrutin de la IIIe République offra une majorité aux monarchistes et que cette majorité devint républicaine grâce aux efforts des modérés dits opportunistes).

Quelle culture politique ?

Mais il nous reste un point à analyser, à quels grands courants de la pensée politique peut-on rattacher le centrisme contemporain. Il est en fait le fruit d’un triple héritage : libéral, démocrate-chrétien et radical .

-Tout d’abord il tire ses racines d‘une tradition libérale souvent rejetée en France en raison de la tradition absolutiste et centralisatrice. Toutefois, ce libéralisme n’est pas inexistant, il a ainsi fourni la base de la politique gouvernementale des débuts de la IIIe République (orléaniste puis proprement républicaine). Il se transforme par la suite en ce que Serge Berstein appelle un « libéralisme d’imprégnation » qui inspire les opportunistes, puis les progressistes et qui explique l’attachement viscéral au parlementarisme (un libéralisme politique poussé à son excès), et une politique économique relativement libérale (jusqu’aux lois Méline en tout cas). Les théoriciens de ce libéralisme centriste sont aussi parmi les plus grandes figures intellectuelles de l’époque avec Prévost-Paradol, Say, Leroy-Beaulieu. Il continue par la suite à influencer les partis au gouvernement, même si le patriotisme est de rigueur, l’intervention étatique est toujours perçue comme dangereuse. Mais toucher au sacro-saint régime parlementaire restera un crime jusqu’à la mort de la IIIe République, alors que le pouvoir exécutif reste suspect (l’exemple de la présidence d’Alexandre Millerand est à ce titre particulièrement révélatrice). Sous la IVe République, une grande part de la tradition politique issue de la IIIe République perdure et le libéralisme économique doublé d’un protectionnisme communautaire se renforce avec l’intégration européenne. Avec l’ère gaulliste, le libéralisme politique comme économique perd du terrain quoiqu’il inspire certaines politiques ministérielles. Mais on le voit refleurir durant la campagne électorale de Valéry Giscard D’Estaing qui se dit libéral, centriste, européen. Sa politique si elle ne peut vraiment être qualifiée de centriste, excepté peut-être au tout début, n’en reste pas moins inspirée par le libéralisme économique (que l’on pense à la politique de Raymond Barre anti-crise). Enfin, après l’intermède socialiste, on le voit réapparaître mais sous une forme toute nouvelle, très inspirée du néolibéralisme thatchérien ou reaganien. Mais cette politique prônant la compétitivité à tout prix est fortement défavorable à la cohésion sociale, elle s’oppose ainsi à l’un des ferments de notre républicanisme. Les courants libéraux ne disparaissent pas, mais se fondent au sein de l’UDF, du PL, avant de se voir inclus pour la plupart au cœur de l’UMP et du Modem.

-Mais revenons à la seconde tradition : la démocratie-chrétienne. Elle aussi tire ses racines du XIXe siècle, et de l’avènement d’une pensée sociale-chrétienne. On sait l’influence de la pensée contre-révolutionnaire dans son implantation, mais c’est avec l’émergence de l’industrialisation et des inégalités engendrées par celle-ci que l’on voit cette pensée sociale anti-révolutionnaire se transformer en démocratie-chrétienne. Lamennais, figure de marque de ce courant à ces débuts aura des rapports tendus avec l’eglise-institution encore réticente et il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour voir le courant vraiment prendre de l’ampleur sous l’influence de l’encyclique Rerum Novarum fomenté par Léon XIII en 1891. Dans la plupart des pays catholiques, elle devient une force essentielle sauf peut-être en France où l’Eglise est toujours perçue comme contre-révolutionnaire. Et pourtant, même dans ce pays, elle n’est pas inexistante comment a pu en témoigner le Sillon de Marc Sangnier, ou l’influence des Mounier, Schuman, Bidault et de courants politiques comme le parti démocrate populaire fondé en 1924. Mais c’est surtout avec le MRP qu’il atteint son apogée, avant de tomber dans l’oubli après le retour De Gaulle en 1958. Mais son influence se fera encore sentir au sein de la double présidence du général De Gaulle, tout s’insérant au sein de certains dirigeants socialistes (Jacques Delors par exemple). C’est sous la double influence de ces mouvements que l’on voit émerger entre autres le centre démocratique, le CDS, l’UDF et enfin le Modem.

-Enfin, il nous reste à analyser une dernière tradition qui selon moi fonde le courant centriste actuel : le radical-socialisme. Je me permets de le placer en dernier car il est certainement mon argument le plus polémique. En effet, certains critiqueront très certainement cette analogie casanière, qui consiste à placer un mouvement qui s’est toujours voulu clairement marqué à gauche, même s’il existe un pôle minoritaire dit valoisien depuis 1972 aujourd’hui inclus dans l’UMP. Ce courant politique naît à la fin du XIXe, mais comme son nom l’indique , il représentait les forces d’extrême-gauche. Il évolua assez rapidement et surtout à partir de son accès au pouvoir dans les années 1890. Il se changea comme beaucoup de partis radicaux une fois au pouvoir en un vrai parti de gouvernement, représentant non plus (enfin plus seulement) la classe ouvrière, mais les petits propriétaires, artisans face aux capitalistes au « populo  grosso» pour reprendre une dichotomie usagée. Il fut néanmoins une force motrice qui permit l’élaboration de nombres de lois sociales. Souvent perçu comme parti-charnière, il favorisa l’alternance à de nombreuses reprises durant l’entre-deux-guerres, s’alliant une fois à droite, une fois à gauche. C’est la raison qui m’a poussé à le ranger parmi les sources de la culture centriste. Son idéologie relativement souple, et son pragmatisme, ainsi que son rejet des extrêmes en font clairement des bases de la culture centriste. Or, on sait l’influence de ce parti et de ses membres sur le modèle républicain français comme a pu le souligner Serge Berstein.

Ces trois héritages en apparence contradictoires (le libéralisme s’est souvent voulu en opposition au christianisme) parviennent à converger dans la perte d’influence de ces deux mouvements sous l’effet de la Vème République où ils ne peuvent pas jouer un rôle de parti-charnière. Dès lors, ils forment un corps d’idées originales allant de l’attachement aux contrepouvoirs (très libéral), à la volonté de réduire les inégalités sociales.

Existe-t-il un électorat du centre ?

Toutefois, on n’aura pas évacué la question sans poser l’interrogation d’un électorat du centre. Pendant des années, le clivage droite-gauche a recouvert un clivage social plus ou moins concret et même s’il a perdu de son importance et a toujours été assez hétérogène, il n’est pas à négliger de chercher un électorat centriste (les partis sont ainsi de plus en plus attrape-tout pour reprendre une terminologie courante). En comparant aux situations qu’ont pu connaître des pays comme la Russie au début du XXe siècle ou encore l’Espagne préfranquiste, on peut conclure que l’émergence d’un électorat du centre n’est rendu possible qu’avec une classe moyenne importante, elle-même consubstantielle de la plupart des démocraties. Ce n’est pas sans raison que le rapprochement entre orléanistes et républicains opportunistes puis progressistes se noue à une époque où Gambetta annonce l’émergence des classes moyennes.

Loin du marais que l’on dépeint souvent, le centre et le centrisme sont donc des forces motrices. Ancré dans la tradition républicaine, ce courant de pensée et cette pratique politique se révèlent au cœur de l’action démocratique. Poussé par un pragmatisme ontologique, le centre est réellement une force de compromis, tout en favorisant la stimulation d’idées."

dimanche 20 septembre 2009

Démocratosphère

Comme la quasi-totalité des partis politiques, le MoDem est doublé d'une association rassemblant tous les jeunes adhérents (jusqu'à 33 ans) : je pense évidemment aux Jeunes Démocrates. Nous avons logiquement été amenés à rencontrer deux membres de l'équipe des JDem, que je tiens à vous présenter ici, pour nos lecteurs qui ne les connaissent pas encore... Il s'agit :

  • d'Arnaud Jardin, vice-président chargé du développement du réseau étudiant
  • et d'Ivan Gabrièle, délégué national chargé de la communication sur la Toile

Nous avons bien sûr été amenés à discuter d'un certain nombre de considérations pratiques que je ne détaillerai pas (sachez seulement que nous allons être bien plus visibles en Péniche dans les jours qui viennent !). Pour ceux d'entre nous qui ne s'y étaient jamais rendus, ceci s'est accompagné d'une visite du siège du parti, au 133bis rue de l'Université...

Détail important, Ivan nous a aussi promis de référencer notre site parmi les blogs démocrates. Ceci m'amène à vous parler de ce que l'on pourrait appeler la « Démocratosphère », qui constitue un espace de réflexion très intéressant. Régulièrement, plusieurs articles sont recensés sur le tout nouveau média social démocrate : www.lesdemocrates.fr. Ce site rassemble d'ailleurs aussi l'essentiel des interventions des responsables du mouvement dans les médias, ce qui permet d'avoir un aperçu de ce que pensent à la fois les simples militants et les responsables du parti.

Il me semble qu'un article posté sur un de ces blogs mérite une petite place sur cette page. Il est tout à fait intéressant car il concerne tout autant Sciences Po et le Mouvement Démocrate, bien que son auteur n'ait probablement jamais mis les pieds à Sciences Po... Il date de mars 2009. Souvenez-vous : c'était alors l'outre-mer et en particulier l'île de la Guadeloupe qui faisait la une des journaux, et l'on craignait une crise sociale de grande ampleur en métropole. Voici l'article : http://mocqueville.lesdemocrates.fr/2009/03/02/le-centrisme-revolutionnaire-un-courage-politique/

Le plus intéressant vient en deuxième partie de l'article. L'auteur y définit le courage politique comme « l’attitude consistant à mettre au premier plan l’analyse des faits dans leur complexité (...) alors qu’il est si facile – et si habituel – de s’en tenir aux grilles d’analyses toutes faites, aux présupposés, aux idéologies ». Les étudiants de Sciences Po qui se souviennent un tant soit peu du traditionnel discours d'accueil de M. Descoings se rappelleront que le projet éducatif de notre école met précisément l'accent sur ce « courage intellectuel » dont nous devons faire preuve face à la complexité du monde.

De la même façon, le centrisme français a toujours rejeté les théories excessivement simplificatrices et manichéennes, qui sont le propre des extrêmes. Ainsi, nous, démocrates, sommes opposés tant à l'idéal communiste, qui signifie l'anéantissement de l'individu, qu'à la dérive néolibérale qui caractérise les 30 dernières années de l'histoire de l'Occident et signifie au contraire l'anéantissement de l'idée d'un collectif auquel chaque individu appartient.

C'est pourquoi Jean-François Kahn, par exemple, défend un « centrisme révolutionnaire » qui replace l'Homme au centre, en lieu et place de l'Etat et/ou du marché. Pour ce journaliste qui se veut aussi philosophe, la révolution, c'est en effet la reconstitution de la société autour d'un nouveau centre et non pas une simple rupture... Placer l'Homme au centre, c'est encadrer la société à la fois en tant que somme d'individus libres et en tant que collectif. C'est ce qu'il défend dans beaucoup de ses ouvrages, et notamment dans L'Alternative qu'il a publié récemment.

mardi 15 septembre 2009

N. Sarkozy est-il de gauche ?

Telle est la question ... que posait l'hebdomadaire Le Point la semaine dernière.

Vaste question par ailleurs, mais à laquelle le Point n'apporte hélas qu'une réponse terne et creuse. Dans ce fameux dossier du journaliste Saïd Mahrane, la sensibilité de gauche du Président se mesure au nombre d'amis socialistes qu'il possède : Jack Lang, Carla Bruni-Sarkozy, Michel Rocard, D. Strauss-Kahn, Eric Besson, Claude Allègre, le dernier des Mitterrand... Tous y passent. Cela en fait-il pour autant un homme de gauche ? Avoir des amis de gauche et l'extinction progressive du PS semblent suffirent à l'hebdo pour répondre que oui.

Bref, même si la réponse laisse à désirer, on reconnaîtra au Point le mérite de s'être posé la question, et de nous la poser aussi. MERCI le Point !

Avant toute chose, le fait même de se poser la question est éloquent : les lignes sont aujourd'hui bouleversées.

Jamais sous la Vème République l'Etat n'aura donné l'impression d'être aussi présent, alors que c'est la droite dite libérale, partisane d'un Etat régalien, minimum, qui est au pouvoir. Certains me répondront que c'est à cause de la personnalité présidentielle, homme dont on n'aurait pas douter une seule seconde qu'il se soit exclamé : "L'Etat, c'est moi !" lors d'une soirée un peu arrosée si la phrase n'avait pas déjà été prononcée trois siècles et demi plus tôt par Louis XIV. Mais non, c'est bien la droite qui aujourd'hui s'impose comme héraut d'un Etat régulateur et

1. soucieux de régler les problèmes d'inégalité ( le RSA, les 150 euros (!) annuels du plan de relance pour les plus pauvres ... alors que le bouclier fiscal est toujours en place ) ;

2. qui promet de ne pas augmenter les impôts ( taxe carbone et déficits qui devront être remboursés d'une manière ou d'une autre ).

3. Mieux, la droite qui défend les citoyens contre les méchantes banques et les profits faramineux (en ne demandant pas de contreparties aux milliards déboursés par l'Etat pour leur sauvetage par exemple).

Si la bataille de la communication est gagnée, elle ne tient pas sous l'épreuve des faits.

Alors qu'est ce qu'être de droite, qu'est ce qu'être de gauche ?

- Est-ce de droite de venir au secours des banques en faillite alors que le marché est sensé s'autoréguler ? Est-ce de droite d'affirmer la présence de l'Etat dans tous les domaines (industriel, audiovisuel, bancaire...) ? Est-ce de droite de creuser les déficits de façon vertigineuse et de laisser peser la dette sur les jeunes générations ?

- Etait-ce de gauche d'encourager les flux financiers, de libéraliser les entreprises publiques, de lancer une politique de rigueur budgétaire au début des années 1980 ?

A ceux qui arrivent encore à se mettre dans la case de droite, ou dans la case de gauche, je les félicite, car c'est tout simplement impossible.

- Être de gauche aurait supposé lancer un énorme plan de relance français, augmenter les impôts, faire sauter le bouclier fiscal, faire jouer à plein la solidarité entre français et entre générations, augmenter les retraites, vouloir une justice plus juste, rétablir l'égalité des chances, garder les entreprises de services publics, augmenter en temps de crise le nombre de fonctionnaires...

- Être de droite aurait supposé laisser les banques faire faillite, mettre plus d'argent dans les prisons, dans la justice, dans les équipements policiers ainsi que d'augmenter leur nombre, réduire drastiquement les déficits en évitant les dépenses inutiles, éliminer totalement les 35 heures, libérer les entreprises de la paperasse administrative, ne pas créer de RSA coûteux pour l'Etat, baisser les impôts, promouvoir la plus grande liberté (des médias aussi) ...

Bref, les hommes politiques de droite comme de gauche ne s'y sont pas risqués : suivre bêtement une ligne, rester dans le rang, s'imposer un carcan idéologique, s'enfermer dans la "droite" ou la "gauche"... n'a jamais été une bonne chose pour le pays et on sort aujourd'hui allègrement des frontières imposées. Par contre ils ont continué bêtement à s'opposer. Chaque nouvelle mesure de la majorité est sujette à critique et rejet du Parti Socialiste, même si celle-ci aurait très bien pu être menée sous un gouvernement de ce même parti.

Cette dualité fait le jeu des deux partis au pouvoir. L'"alternance" existe en France ! Oui, elle existe entre les deux partis qui se partagent la scène politique, qui jouent chacun correctement leur rôle. L'un de gouvernant, l'autre d'opposant. Mais l'alternance n'en est pas pour autant un espoir. L'alternance c'est le retour de l'ancienne équipe au pouvoir, en rien un renouveau, en rien un projet concret dans l'intérêt général. C'est la réduction des projets politiques au nombre de deux, alors qu'il existe d'autres alternatives.

C'est cette opposition idiote, inutile, inlassable, interminable que nous dénonçons. C'est cette grille de lecture faussée de la politique française que nous dénonçons. C'est un véritable projet d'avenir pour les français que nous défendons, en se libérant du carcan intellectuel plus que ridicule de "gauche" / "droite". Ce projet, il est basé sur la défense de l'intérêt général, d'un Etat de droit qui régule une économie qui laissée à elle-même a failli nous perdre, et nous mène vers la catastrophe écologique... L'alternative existe en France, elle est sans aucun doute à chercher dans le projet du Mouvement Démocrate.

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