
C’est le 10 février dernier que la Commission a été investie officiellement par le Parlement européen avec une majorité de plus de 70% des voix. Chiffre étonnant, si l’on veut bien se remémorer la petite musique de fond qui régnait alors en mai dernier lors des élections législatives européennes...
Qui ne se souvient pas sur le plateau d’Arlette Chabot le consensus entre Bayrou, Cohn-Bendit, Aubry, Mélenchon et Besancenot sur le “Non à Barroso !” ? Qui ne se souvient pas du programme commun aux 27 pays présenté par le Parti Socialiste Européen et qui défendait l’Europe sociale, en s’appuyant sur son antithèse libérale incarnée dans la personne même du Président de la Commission. Même l’extrême-droite, dénonçant la technocratie Bruxelloise, voulait la tête du portugais le plus célèbre d’Europe, celui qui “sait ne rien dire en cinq langues”.
Mais il y a un temps pour la politique, un autre pour être pragmatique. Le 16 septembre 2009, José Manuel Barroso est reconduit avec 66% des voix par le Parlement Européen. Aujourd’hui la nouvelle Commission Barroso II avec plus de 70%. Alors, pourquoi ?
La réponse tient en un mot : le compromis.
Mais attention, pas le compromis habituel, pas le compromis d’une coalition à l’allemande qui s’entend sur le nom d’un Chancelier et qui n’aboutit pas avant d’avoir trouvé un programme commun écrit et signé de la main même des présidents des partis concernés, ce que l’on appelle Outre-Rhin le Koalitionvertrag (Traité de coalition).
Non, le compromis européen de distributions des postes est beaucoup plus sournois, plus secret, plus tacite. Ces compromis là ne reposent pas sur des solutions trouvées à l’amiable dans l’intérêt des Européens, loin de là. Ils servent uniquement à satisfaire des ambitions personnelles, des ambitions de groupes parlementaires. Pensez-vous il y a des places à prendre ! Entre les places de président de commission (parlementaire, 23 cette année), les 14 sièges de Vice-président du bureau du Parlement, les 25 places de Commissaire européen, et même, pour Martin Schultz, celle de Président du Parlement pour un demi-mandat... Tous espèrent obtenir le plus de places possibles pour leur groupement politique.
Dans le discours de Daniel Cohn-Bendit dont les médias n’ont voulu retenir que le “ta gueule!” lancé à la figure de Martin Schulz, on a pu entendre l’homme que l’on avait entendu sur les plateaux de télévision il y a quelques mois. Il y dénonce aujourd’hui à juste titre le Bal des hypocrites formé par les socialistes, libéraux et même Verts de son parti. Les 70% de députés ont-ils donné leur vote à un programme commun pour l’Europe pour les cinq ans à venir ? Ont-ils donné leur vote, au fond, pour une Europe politique ?
Ils ont donné leur feu vert à cinq années supplémentaires d’une Europe Barrosienne molle en initiative, dont le jeu politique (de l’anguille en ce qui le concerne) amènera à une dépolitisation et un désintérêt encore plus poussés. Se sachant peu médiatiques par ailleurs, rares sont les députés qui auront à s’en défendre aux prochaines élections.
Dans cette grande loterie des places à pourvoir, chaque parti tente d’y trouver son compte. Pas sûr que les citoyens européens y trouvent le leur.
PS :
Le Mouvement Démocrate, conformément à ses engagements, a voté contre cette Commission. Nathalie Griesbeck, députée européenne dans la région grand Est, défend notre position.


