N. Sarkozy est-il de gauche ?
Par Théo le mardi 15 septembre 2009, 00:30 - Réflexions - Lien permanent
Telle est la question ... que posait l'hebdomadaire Le Point la semaine dernière.
Vaste question par ailleurs, mais à laquelle le Point n'apporte hélas qu'une réponse terne et creuse. Dans ce fameux dossier du journaliste Saïd Mahrane, la sensibilité de gauche du Président se mesure au nombre d'amis socialistes qu'il possède : Jack Lang, Carla Bruni-Sarkozy, Michel Rocard, D. Strauss-Kahn, Eric Besson, Claude Allègre, le dernier des Mitterrand... Tous y passent. Cela en fait-il pour autant un homme de gauche ? Avoir des amis de gauche et l'extinction progressive du PS semblent suffirent à l'hebdo pour répondre que oui.
Bref, même si la réponse laisse à désirer, on reconnaîtra au Point le mérite de s'être posé la question, et de nous la poser aussi. MERCI le Point !
Avant toute chose, le fait même de se poser la question est éloquent : les lignes sont aujourd'hui bouleversées.
Jamais sous la Vème République l'Etat n'aura donné l'impression d'être aussi présent, alors que c'est la droite dite libérale, partisane d'un Etat régalien, minimum, qui est au pouvoir. Certains me répondront que c'est à cause de la personnalité présidentielle, homme dont on n'aurait pas douter une seule seconde qu'il se soit exclamé : "L'Etat, c'est moi !" lors d'une soirée un peu arrosée si la phrase n'avait pas déjà été prononcée trois siècles et demi plus tôt par Louis XIV. Mais non, c'est bien la droite qui aujourd'hui s'impose comme héraut d'un Etat régulateur et
1. soucieux de régler les problèmes d'inégalité ( le RSA, les 150 euros (!) annuels du plan de relance pour les plus pauvres ... alors que le bouclier fiscal est toujours en place ) ;
2. qui promet de ne pas augmenter les impôts ( taxe carbone et déficits qui devront être remboursés d'une manière ou d'une autre ).
3. Mieux, la droite qui défend les citoyens contre les méchantes banques et les profits faramineux (en ne demandant pas de contreparties aux milliards déboursés par l'Etat pour leur sauvetage par exemple).
Si la bataille de la communication est gagnée, elle ne tient pas sous l'épreuve des faits.
Alors qu'est ce qu'être de droite, qu'est ce qu'être de gauche ?
- Est-ce de droite de venir au secours des banques en faillite alors que le marché est sensé s'autoréguler ? Est-ce de droite d'affirmer la présence de l'Etat dans tous les domaines (industriel, audiovisuel, bancaire...) ? Est-ce de droite de creuser les déficits de façon vertigineuse et de laisser peser la dette sur les jeunes générations ?
- Etait-ce de gauche d'encourager les flux financiers, de libéraliser les entreprises publiques, de lancer une politique de rigueur budgétaire au début des années 1980 ?
A ceux qui arrivent encore à se mettre dans la case de droite, ou dans la case de gauche, je les félicite, car c'est tout simplement impossible.
- Être de gauche aurait supposé lancer un énorme plan de relance français, augmenter les impôts, faire sauter le bouclier fiscal, faire jouer à plein la solidarité entre français et entre générations, augmenter les retraites, vouloir une justice plus juste, rétablir l'égalité des chances, garder les entreprises de services publics, augmenter en temps de crise le nombre de fonctionnaires...
- Être de droite aurait supposé laisser les banques faire faillite, mettre plus d'argent dans les prisons, dans la justice, dans les équipements policiers ainsi que d'augmenter leur nombre, réduire drastiquement les déficits en évitant les dépenses inutiles, éliminer totalement les 35 heures, libérer les entreprises de la paperasse administrative, ne pas créer de RSA coûteux pour l'Etat, baisser les impôts, promouvoir la plus grande liberté (des médias aussi) ...
Bref, les hommes politiques de droite comme de gauche ne s'y sont pas risqués : suivre bêtement une ligne, rester dans le rang, s'imposer un carcan idéologique, s'enfermer dans la "droite" ou la "gauche"... n'a jamais été une bonne chose pour le pays et on sort aujourd'hui allègrement des frontières imposées. Par contre ils ont continué bêtement à s'opposer. Chaque nouvelle mesure de la majorité est sujette à critique et rejet du Parti Socialiste, même si celle-ci aurait très bien pu être menée sous un gouvernement de ce même parti.
Cette dualité fait le jeu des deux partis au pouvoir. L'"alternance" existe en France ! Oui, elle existe entre les deux partis qui se partagent la scène politique, qui jouent chacun correctement leur rôle. L'un de gouvernant, l'autre d'opposant. Mais l'alternance n'en est pas pour autant un espoir. L'alternance c'est le retour de l'ancienne équipe au pouvoir, en rien un renouveau, en rien un projet concret dans l'intérêt général. C'est la réduction des projets politiques au nombre de deux, alors qu'il existe d'autres alternatives.
C'est cette opposition idiote, inutile, inlassable, interminable que nous dénonçons. C'est cette grille de lecture faussée de la politique française que nous dénonçons. C'est un véritable projet d'avenir pour les français que nous défendons, en se libérant du carcan intellectuel plus que ridicule de "gauche" / "droite". Ce projet, il est basé sur la défense de l'intérêt général, d'un Etat de droit qui régule une économie qui laissée à elle-même a failli nous perdre, et nous mène vers la catastrophe écologique... L'alternative existe en France, elle est sans aucun doute à chercher dans le projet du Mouvement Démocrate.
Commentaires
C'est vrai, ce n'est pas comme si Bayrou ne s'insérer pas dans un statut d'opposant en vue des présidentielles. A-t-il participer à la réforme du pays, proposer? Non, Michel mercier lui, l'a fait!
En se présentant aux élections de 2007, François Bayrou annonçait clairement son programme pour la France et s'est donc opposé aux autres candidats à la présidentielle. Il n'y a pas de "statut d'opposant", il n'est pas reconnu en France.
François Bayrou est simplement en désaccord complet avec la ligne directrice de la politique actuellement menée, sans pour autant tomber dans l'opposition systématique.
Par exemple, le Modem soutient le projet de réforme des collectivités territoriales, ou encore la mise en place d'une fiscalité verte et de la taxe carbone (figurant depuis longtemps dans notre programme).
Une partie du PS réfute la taxe carbone, et tous s'accordent pour ne pas réformer les collectivités... C'est à gauche qu'il faut chercher l'opposition systématique comme je l'ai écrit.
Quant à Michel Mercier, il avait depuis quelques temps déjà pris ses distances avec le Mouvement, notamment dans son fief, en démissionnant de la présidence du Modem du Rhône pour marquer son désaccord avec la politique nationale de François Bayrou.
Certes il resta Trésorier mais sans participer aux réunions des instances nationales.
Sa nomination au poste de Ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire ne fut pas une grosse surprise. Michel Mercier a saisi une opportunité d'entrer dans le gouvernement plutôt que de militer pour la victoire du Mouvement Démocrate. C'est ce que l'on peut appeler de l'opportunisme. Pas sûr que Michel Mercier ait beaucoup apporté au débat par des propositions, il se contente d'appliquer celles formulées par le Président.
Quel exemple !