Suite à une période un peu moins active sur ce blog, je lance une série d'articles sur les députés européens français de l'ADLE (Alliances des Démocrates et Libéraux pour l'Europe, le groupe parlementaire auquel sont inscrits les députés MoDem).

Alors que ce sont tenues très récemment les « assises de la consommation », dans un climat tendu en cette période de crise économique et écologique, il me paraît judicieux d'entamer cette série avec Robert Rochefort, élu de la région Sud-Ouest.

Économiste statisticien et sociologue, il était depuis 1995 directeur du CREDOC, l'organisme de recherche qui s'intéresse aux conditions de vie des Français. Il a écrit un certain nombre d'ouvrages à ce sujet, tels que : « Société des consommateurs », « La France schizophrène », « L'environnement : une question sociale » (avec Dominique Voynet), « Vive le papy-boom », ou encore récemment « Le bon consommateur et le mauvais citoyen ».

En 2007, il décide de rejoindre le Mouvement Démocrate. Comment un analyste reconnu se décide-t-il à faire de la politique ? Pourquoi le MoDem ? Voici quelques éléments de réponse, tirés d'une interview parue dans le Figaro il y a quelques mois. C'est une analyse simple... mais très clairement exprimée.

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Pourquoi vous engager aux côtés de François Bayrou ?

Tout d'abord, je veux préciser que je vous réponds en tant que candidat Modem, pas en tant que patron du CREDOC. Pour revenir à votre question, elle est double, à mon sens. D'une part, pourquoi une personnalité issue de la personnalité civile telle que moi s'engage en politique ? Et bien parce que j'étudie depuis des années la société française et ses craintes, ses angoisses et j'ai envie de quitter ce rôle d'observateur pour devenir un acteur. Ensuite, pourquoi François Bayrou ? Car je suis en accord avec lui et que j'estime qu'il est, de loin, celui qui a la pensée avec laquelle je me sens le plus en accord. C'est l'un des rares hommes politiques à avoir une pensée et une analyse profondes de la société. C'est un littéraire, un historien, qui a un engagement qui s'enracine dans la France, dans ses valeurs. En 1993, lorsque j'ai commencé à analyser la société, la crise frappait déjà le pays. On parlait déjà d'une société angoissée, inquiète de son avenir. Cette crise a perduré jusqu'à la fin des années 1990, puis on a eu une période de croissance. Durant cette époque, on a connu deux alternances : la droite de Jacques Chirac puis la gauche avec Lionel Jospin. J'ai pu constater que ni l'une ni l'autre n'avaient pu redonner confiance au pays. Aujourd'hui, la France se sent déclassée, ringardisée, perdue.

Le Modem peut-il exister en France face à l'UMP et au PS ?

D'après mon expérience, on a en France environ 15% des gens qui plaident en faveur des réformes, qui souhaitent avancer, qu'ils soient à gauche ou à droite. Ce sont des cadres, des intellectuels, des professions libérales. Mais les classes populaires ne comprennent pas la nécessité de ces réformes et se sentent exclues. Pour qu'elles ne sentent plus décalées, il faut faire de la politique autrement. François Bayrou propose une méthode différente, qui consiste à ne pas bombarder la France de réformes sans associer les Français à ces réflexions. Nicolas Sarkozy a multiplié les réformes et les annonces, mais ce-faisant, il a déstabilisé la société, il l'a plongé dans le doute. A force de dire que tout doit être réformé, que rien ne va, la France se sent ringarde, se perçoit de manière négative. Or on ne peut pas faire évoluer la société contre les gens. Quant au PS, au-delà de ses querelles internes, les solutions proposées sur le fond ne me conviennent pas non plus. Leur plan de relance face à la crise n'est pas crédible, la hausse du SMIC, de la consommation, ce ne sont pas des solutions que j'approuve.
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Dans ses travaux, puis plus récemment en tant que député, Robert Rochefort s'est particulièrement intéressé à la problématique des modes de consommation.

Il critique ainsi régulièrement le modèle de « sur-consommation » qui consiste à consommer toujours plus, toujours moins cher. En s'accrochant à une époque révolue – celle des Trente Glorieuses – les Français ne se rendent pas compte de ce qu'implique le fait de consommer toujours plus. Pire, ceci ne peut se faire qu'au prix d'un endettement croissant, et en dépit de la contrainte que représente l'épuisement des ressources de la planète.

Cela doit-il remettre en cause l'économie de marché et la liberté des citoyens ? Pour M. Rochefort, la réponse est clairement non. M. Rochefort semble au contraire appeler à une responsabilisation des citoyens et de la société civile, appliquant ainsi le principe énoncé plus haut selon lequel « on ne peut pas faire évoluer la société contre les gens ». Dans le cadre des Assises de la consommation, il a notamment défendu l'idée des recours collectifs de consommateurs (class actions), afin d'accroître la pression sur les entreprises qui parfois se jouent aisément des lois et règlements. Il a d'autre part condamné la volonté du gouvernement d'encadrer les associations de consommateurs.

Sur bien des sujets, il apparaît donc comme étant un conservateur très concerné par les questions sociales. C'est ce qui l'a conduit, notamment, à prendre position contre le travail le dimanche, ou pour une défense du commerce de proximité : « le commerce est avant tout une activité d'échange, à tous les sens du terme », écrit-il sur son site.

Le positionnement politique, en soi peu original, devient plus intéressant lorsqu'on le met en relation avec sa formation et sa carrière d'économiste. Bien qu'étant un expert habitué à manipuler des notions et des masses de données abstraites, il me semble que M. Rochefort se rend compte que la vie des gens n'est pas exclusivement motivée par l'argent. De plus, contrairement à ce que l'on observe souvent, conservatisme ne rime pas avec immobilisme selon lui. Conscient de l'évolution de la société, il cherche simplement à imaginer les meilleurs moyens permettant de l'accompagner...