Le Nouveau Centre, c'est quoi ? C'est la question que se posent aussi les Français, puisqu'il apparait dans un sondage commandé par ce parti que moins d'1/3 d'entre eux sauraient le définir. Du côté du Nouveau Centre, évidemment, on s'inquiète : c'est bien normal.

Quelle est la solution que nous a trouvé M. Morin ? Se réapproprier, recycler l'appellation UDF - Union pour la Démocratie française - dont, il est vrai, sont issus la majorité de ses adhérents. Cela pose bien sûr un certain nombre de questions juridiques très intéressantes, relativement bien expliquées par cet article du Monde.

En réalité, là n'est pas vraiment la question. Il nous faut avant tout dénoncer la manipulation politique à laquelle se livrent les néo-centristes en se réclamant de l'UDF.

L'UDF, "allié naturel" de la droite ?

Qu'est-ce donc que ce Nouveau Centre qui essaie de se faire passer pour l'ancien ? Bonne question : les néo-centristes, à la manière des néo-libéraux vis-à-vis des vrais libéraux, n'ont peut-être pas grand chose en lien avec ce qu'on appelle traditionnellement le Centre.

Le Nouveau Centre se réclame de l'UDF en tant qu'"allié naturel" de la droite. Ils veulent, en somme, être une sorte de Junior Partner à la française, un copié-collé du FDP allemand. Passons sur le fait que le mode de scrutin allemand introduit un certain nombre de différences. Pouvait-on décrire, oui ou non, l'UDF comme un allié naturel de la droite ? Certes, cette fédération de partis a été créée en 1978 pour soutenir Valéry Giscard D'Estaing, que l'on peut raisonnablement qualifier d'homme du centre-droit - encore que sur un certain nombre de questions, il ait été plus proche de la gauche que de la droite.

La difficulté vient du fait que l'UDF n'était pas seulement un parti destiné à soutenir celui qui était alors le Président de la République. C'était une formation qui rassemblait des partis centristes et représentatifs d'un héritage plus ancien. Les quatre principaux partis ayant fondé l'UDF étaient en effet :

- le Centre des Démocrates Sociaux (CDS), héritier du MRP ; c'est la famille politique à laquelle appartenaient Jean Lecanuet et François Bayrou
- le Parti radical
- le Parti Républicain, auquel était affilié VGE
- le Parti social-démocrate, qui rassemblait des déçus de l'alliance PS-PCF

Peut-on qualifier cet ensemble hétéroclite d'allié naturel de la droite ? Ce n'est pas mon opinion. Tous sont avant tout centristes. Il est d'ailleurs intéressant de noter que lorsque le Parti républicain - devenu entre temps Démocratie Libérale - avait opéré un virage à droite, en soutenant notamment des Présidents de région élus avec le soutien du FN, il avait immédiatement quitté l'UDF.

On oublie aussi souvent que certains ministres de Mitterrand étaient de l'UDF pendant son deuxième mandat, et qu'un groupe parlementaire centriste soutenait alors les gouvernements de gauche à l'Assemblée.

L'UDF n'était donc pas l'allié naturel de la droite. Le Nouveau Centre, en s'en réclamant, ne se rappelle que du positionnement politique, qui était souvent en soutien de la droite. Mais il ne représente en rien l'ensemble des tendances du Centre qui étaient à l'origine de l'UDF.

De quelle droite s'agit-il ?

A cela s'ajoutent les évolutions qui ont affecté la droite elle-même. En 2002, lorsque Jacques Chirac crée l'UMP - Union pour la Majorité Présidentielle - son ambition est de rassembler la droite gaulliste et le centre derrière lui. Beaucoup le rejoignent alors. Le Centre doit choisir : se fondre dans la majorité, ou rester à sa marge...

Puis Nicolas Sarkozy a pris le contrôle de l'UMP. Il a un point commun avec Jacques Chirac : il refuse d'entendre des voix différentes s'exprimer au sein de la majorité.

La droite a changé depuis qu'elle soutient le pouvoir en place. Elle était conservatrice, elle est devenue quasiment libertaire - qu'on repense aux récentes polémiques... Elle était favorable à un développement économique qui profite à l'ensemble des Français ; aujourd'hui, des millions d'entre eux sont laissés sur la touche sans que cela semble inquiéter le pouvoir. Elle défendait un modèle d'assimilation des migrants à la République, par l'école et le travail ; aujourd'hui elle remet en cause même le droit d'asile. Elle était, en un mot, républicaine. Aujourd'hui, le pouvoir politique s'empare du pouvoir financier et médiatique, et se met hors la loi sans que cela semble poser problème.


Le Nouveau Centre, en soutenant le pouvoir en place, oublie les valeurs qui sont celles du centre : liberté, solidarité, tolérance, responsabilité. Elles étaient celles de l'UDF, ce sont aussi les nôtres.