Interview de F. Bayrou par le Figaro
Par Paul le mardi 8 décembre 2009, 02:39 - Actualité - Lien permanent
(Extrait)
Où en est votre dialogue avec le PS ?
Nous voulons une autre société que celle qu'on est en train d'imposer en France. Comment l'obtenir ? D'abord en fixant ses idées, ensuite en acceptant le dialogue avec les grands courants démocratiques du pays qui veulent l'alternance et, un jour, en travaillant avec eux. Et pour moi, des gaullistes aux socialistes ouverts, en passant par les écologistes, il n'y a aucune exclusive. Je ne vois pas dans ces courants des adversaires : j'y vois des concitoyens qui ont les mêmes inquiétudes que les nôtres, et je suis sûr qu'un jour ils peuvent devenir partenaires. Chaque fois que le général de Gaulle a assumé la charge de rebâtir le pays à partir des fondations, il a réuni les grands courants démocratiques du pays.
Jusqu'où êtes-vous prêt à aller ?
Pas de limite au dialogue. Quand j'écoute attentivement les responsables de ce grand «arc central» que j'appelle de mes vœux, je ne vois rien dans les valeurs fondamentales qui les séparent irrémédiablement. Socialistes ou Verts, écologistes, droite sociale, républicains, tous quand on parle avec eux sont préoccupés par l'endettement du pays, tous ont le souci de la question sociale et environnementale. Tous veulent une économie vivante, une démocratie restaurée. Il y a des nuances plus que des divergences et quand il y aura des divergences, c'est le pays qui les tranchera au premier tour des grandes élections.
Vous imaginez des partenaires dans la «droite sociale», à qui pensez-vous ?
Nicolas Sarkozy a fait dévier la droite française de ses valeurs. J'ai connu une droite républicaine, ouverte, sociale, avec le souci de la justice. On dirait qu'elle a disparu. Où sont les Chaban d'aujourd'hui ? J'entends bien les réticences exprimées par Alain Juppé par exemple. Mais pour l'instant, cela est dit à mi-voix. J'ai la certitude que cette sensibilité n'a pas disparu. Le jour viendra où elle se réveillera.
Dominique de Villepin est-il un partenaire potentiel ou un adversaire électoral ?
Je suis sûr qu'il partage la même analyse et j'espère qu'il le dira. Dire «jamais avec la gauche », ou «jamais avec des gens qui viennent de la droite», ou «jamais avec le centre», c'est dire « jamais d'alternance». Je sais bien qu'il est dérangeant de sortir des schémas qui ont un demi-siècle. Même pour moi, cela constitue un effort. Mais c'est la condition même du changement politique en France.
Le MoDem réunit ce week-end un congrès à Arras. Quels en sont les enjeux ?
Le premier enjeu, au-delà des régionales, c'est le projet, avec deux mots clés «humanisme » et «réformisme».
Pourquoi parler de projet en ce moment ? Il n'y a pas d'élections nationales…
Il y a un immense besoin d'espoir. Beaucoup de Français sont désabusés, certains indignés de la manière dont on les gouverne, mais ils ont besoin qu'on leur propose concrètement un autre chemin.
Et quelles sont vos réponses ?
Un projet juste et efficace soutenable au travers des générations. À l'intérieur de la même génération, c'est une question de justice : on demande plus à celui qui peut plus, et moins à celui qui peut moins. Et surtout entre générations, la solidarité, c'est protéger les générations à venir en leur offrant un environnement préservé ou restauré, et pas de dettes. D'où l'importance de finances publiques reconstruites. D'où l'importance d'une réforme juste pour les retraites. Nous proposons un régime par points. Du point de vue social, la question la plus urgente, c'est l'égalité des chances. Jamais l'échelle sociale n'a été si dure à gravir pour ceux qui viennent d'en bas. Le premier secret pour l'égalité des chances, c'est l'école, de la maternelle à l'université. Elle sera donc notre priorité, en termes d'efforts comme en termes d'exigence. Ensuite l'emploi. Et pour nous, l'emploi, c'est d'abord l'entreprise et particulièrement les PME et les très petites entreprises. L'aide dirigée vers les très grandes entreprises, cela ne marche pas. Pour nous, la reconquête passera d'abord par une aide à l'entreprise innovatrice de taille moyenne ou petite, plus souple. Et pour la création d'emplois, l'aide déterminante ce sont les deux emplois créés par entreprise sans charges autres que la retraite.