Article de Tristan Annoot, étudiant à Sciences Po.


J’ai toujours un avis ; j’ai toujours un avis provisoire. A l’aune de ma jeune expérience, je constate qu’un sentiment politique s’éteint de façon lente, systématiquement. Et, pour le professionnel de la politique, une relation mécanique s’installe – dans la continuité de son engagement – entre l’appartenance à une chapelle et la poursuite d’une ambition. Dans ces conditions, il n’est pas d’action publique qui puisse se prévaloir d’une prétention à la vérité. Non que sa recherche soit à interrompre, il importe – aujourd’hui plus qu’hier – de se libérer des dogmes qui nous éloignent de la quiétude démocratique. Confrontés à la valeur égale des personnalités, des engagements opposés, il apparait que la capacité de recentrer son jugement – le médiatique « ni gauche ni droite » – est la plus haute forme de maturité politique. Nous libérer des passions doctrinales devrait être le grand objectif.

La critique d’un relativisme a bien été faite par Aristote. Nier l’existence d’une universelle vérité équivaut selon lui à méconnaitre le principe logique de contradiction. Ainsi l’on ne pourrait se dire de gauche, et de droite. Le même problème anime les détracteurs du centrisme contemporain. Ils affirment que – dans ces conditions – le qualificatif « de gauche » ou « de droite » ne signifierait plus rien de précis, les termes perdant leur sens.

Le compromis démocrate est-il contradictoire ? Les Démocrates ne se sentent pas dans une impasse théorique. Dans la conduite des affaires publiques, il faut prendre parti. Il est inévitable que les Démocrates accordent un crédit provisoire à quelque idée dont ils sont convaincus de la pertinence, sans pour autant prétendre à une vérité vérifiée. Les Démocrates français – s’appuyant sur les enseignements politiques du passé – ont d’ors et déjà rappelé la permanence du cadre républicain, qui doit créer les conditions d’un renouveau démocratique. Balayant toute superstition partisane, les Démocrates proposent un corpus de jugements politiques simples dont les fondements – à l’épreuve de l’expérience – se révèlent inébranlables.

Au contraire de l’homme ou de l’animal, lance Aristote avec ironie, le relativiste n’a pas à se déterminer, il n’embrasse aucun mouvement. Il est semblable à une plante. Le Démocrate saurait être cette plante, qui cultive sa propre équanimité. Il accepte les apports de son environnement. Il les reçoit également. Pour maintenir cette position, il s’est efforcé de détruire ses instincts naturels. Quittant les voies d’un autre siècle, il inscrit son discours dans un autre mouvement. C’est une mise en orbite de l’objet politique, qui flotte en rond dans un espace inexploré, un œil sur la sphère politique vieillissante.