L'euro et la crise grecque : pour une gouvernance économique de l'Europe
Par Paul le mardi 6 avril 2010, 14:05 - Réflexions - Lien permanent
La crise économique que nous traversons aura au moins eu le mérite d’ouvrir plusieurs pistes de réflexion, notamment sur le modèle de société, ou sur l’organisation et la régulation de l’économie mondiale. Malheureusement, la crise financière qui touche la Grèce n’a pas eu la même répercussion sur le débat public, alors qu’elle soulève aussi d’importantes interrogations, concernant le rôle de la monnaie unique européenne.
La situation de la Grèce a relancé les débats sur la justification de l’abandon des deux outils de politique économique que sont la politique monétaire et la politique de taux de change. En effet, face à un ralentissement économique de l’ampleur observé l’année passée, beaucoup de pays, notamment l’Irlande, ont ressentit la contrainte imposée par l’appartenance à l’euro qui interdit de regagner en compétitivité par la dévaluation. Mais le cas de la Grèce pose aussi la question de la pertinence d’une politique monétaire commune. En temps normal, une politique budgétaire aussi laxiste que celle de la Grèce peut être naturellement corrigée par la réponse d’une banque centrale souhaitant maîtriser l’inflation. Or dans le cadre de la zone euro, l’influence de l’inflation grecque sur la politique monétaire commune a été trop faible pour que ce mécanisme fonctionne, permettant à la Grèce de vivre au-dessus de ses moyens pendant aussi longtemps. La question qui se pose à présent est de savoir si les mécanismes de surveillance des finances publiques et de sanction, proposés notamment par l’Allemagne, seront suffisamment puissants pour remplacer la discipline imposée par une politique monétaire plus proche de la réalité économique dans chaque pays. Ceci pose la question de la viabilité d’une union monétaire entre des pays dont les économies sont encore si divergentes.
Mais ces questions ont déjà été posées à la création de l’euro, et la crise n’a fait que confirmer des doutes déjà exprimés. Ce qui est vraiment nouveau et qui mérite une sérieuse réflexion concerne les interrogations sur l’intérêt de la zone euro vue en tant qu’entité. Lors de la création de la monnaie unique, l’adoption du Pacte de Stabilité avait pour but de prévenir l’émergence de la situation actuelle, où la politique d’un Etat peut avoir des effets néfastes sur l’ensemble de la zone. Cependant la légèreté avec laquelle les critères du Pacte ont été pris, notamment par la France et l’Allemagne, montre que l’ampleur réelle du problème a été largement sous-estimée. L’émergence récente de propositions concernant la sortie ou l’exclusion d’un Etat membre de l’euro est un signe révélateur de la prise de conscience qu’une union monétaire nécessite plus que la simple existence d’une Banque Centrale Européenne. Jusqu’à présent les dirigeants de la zone euro se sont reposés sur une période de croissance pour éviter de faire le choix difficile concernant le niveau de solidarité qu’ils sont prêts à montrer envers l’ensemble des membres de l’union monétaire. La crise grecque montre que l’heure de faire ce choix est arrivée.
L’accord du 25 Mars dernier sur le plan de sauvetage de la Grèce justifie un certain optimisme en ce qui concerne la capacité des institutions européennes à faire face à cette nouvelle question et à aller de l’avant. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour trouver un équilibre viable entre responsabilité budgétaire de chaque Etat et solidarité entre les membres de la zone euro, ainsi que pour créer les institutions nécessaires pour entériner ce choix. De nombreuses propositions ont vu le jour dans les mois passés, notamment sur la création d’un Fonds Monétaire Européen et d’une agence européenne de la dette. La crise actuelle a commencé à servir de catalyseur pour améliorer la gouvernance économique au niveau européen, et ce processus ne doit pas s’arrête avant que l’objectif soit véritablement atteint. Il reste cependant un écueil de taille à éviter : il ne faut pas que ce travail de réflexion sur l’avenir de l’intégration européenne se fasse une nouvelle fois à l’insu de la majorité des citoyens européens.
Marie Le Mouel