Alors que le Mouvement Démocrate déterminera dimanche prochain sa position sur la réforme des retraites, le Mouvement Démocrate Sciences Po et les Jeunes Démocrates de Paris affirment la nécessité de prendre en compte les avis et propositions des jeunes générations pour aboutir à une réforme socialement juste. Voici le texte de la contribution que nous avons envoyé en ce sens en préparation du Conseil national du dimanche 26 juin.


Contribution à la consultation du Mouvement Démocrate sur les retraites

LA JEUNESSE, GRANDE OUBLIEE DU DEBAT SUR LES RETRAITES

Les chiffres le démontrent : les retraités ont aujourd’hui, en moyenne, un niveau de vie supérieur à celui des actifs. Le taux de pauvreté des seniors n’a jamais été aussi bas par rapport à celui d’une jeunesse paupérisée et servant de variable d’ajustement de notre modèle social. Le patrimoine accumulé des seniors, leur taux de propriété élevé, les protègent contre la crise du logement qui frappe de plein fouet les jeunes générations. En prenant en compte les revenus du capital et du patrimoine, le revenu moyen des retraités dépasse nettement celui des générations encore sur le marché de l’emploi.

Les jeunes seniors entre 55 et 70 ans, qui ont bénéficié des Trente Glorieuses et des largesses du modèle social français, ont aujourd’hui les moyens de contribuer à l’effort de la nation, dans un contexte de crise et de déficits publics élevés. Ce constat, établi par de nombreux intellectuels, de tous bords politiques, peine aujourd’hui à se faire entendre dans le débat public. Le tabou qui conduit à ne jamais évoquer le relatif bien-être des retraités est étrange. Les quelques prises de position dissonantes – celle du sociologue Louis Chauvel, de la fondation Terra Nova, ou encore de la revue Esprit – se sont vite vues étouffées par un conformisme politique étonnant, probablement lié au poids électoral élevé des seniors.

Face à cette situation globalement privilégiée des retraités, il n’est pas inutile de rappeler les difficultés auxquelles fait face aujourd’hui la jeunesse. Le taux de chômage des jeunes a battu fin 2009 un record historique : 24%. La difficulté pour les jeunes à s’insérer dans le marché du travail est réelle ; la multiplication des contrats précaires le montre. Les années de galère des jeunes pour trouver un emploi, le scandale des stages non payés, semblent désormais être acceptées par la société comme un mal nécessaire. La situation de la jeunesse des banlieues est encore plus problématique et n’a pas réellement évolué depuis les émeutes de 2005. Le taux de pauvreté global des jeunes atteint 20%, soit le double de celui des seniors.

La réforme des retraites devrait être l’occasion d’un vrai débat de société, qui prenne en compte toutes les générations. Ce n’est pas, aujourd’hui, le cas : la réforme des retraites est pensée, conçue et de ce fait n’intéresse que les générations qui occupent le pouvoir. Les générations de « baby boomers », logiquement, n’ont pas les mêmes préoccupations que la jeune « génération Y » qui peine à se faire entendre, mais qui a pourtant son mot à dire dans les grandes orientations de notre pays. C’est en effet elle qui portera, dans quelques années, le poids de la dette de notre système de protection sociale.

Ce que nous proposons, c’est de rééquilibrer à l’occasion de la réforme des retraites la solidarité intergénérationnelle en faveur des jeunes générations. Cela passe – brisons le tabou – par une contribution plus importante des retraités aisés à l’effort de la nation en faveur de ses jeunes. Les besoins de financement de l’enseignement supérieur, des universités, des lieux de savoir sont aujourd’hui énormes. C’est la clé de notre avenir, dans un environnement mondialisé, que de bâtir un système d’enseignement supérieur de qualité, doté de riches moyens, rivalisant avec les plus grandes universités mondiales.

Notre objectif n’est pas de déclencher une guerre entre générations. Nous ne cherchons pas à opposer de façon manichéenne les « riches » retraités et les « pauvres » jeunes. La réalité est bien plus complexe que cette schématisation. Il existe des jeunes qui s’en sortent, grâce à leur milieu social ou grâce à l’éducation qu’ils ont pu recevoir. Il existe également des retraités aux pensions modestes qui peinent à joindre les deux bouts. Nos préconisations cherchent à prendre en compte cette complexité. Mais elles reposent néanmoins sur un choix de société qui peut déranger : faire en sorte que les générations aujourd’hui à la retraite contribuent à un effort nouveau en faveur des jeunes générations.

Le Mouvement Démocrate doit se saisir de cette analyse de la réforme des retraites qui diverge sensiblement de celle de l’UMP et du PS. La réforme préparée par le gouvernement demandera beaucoup de sacrifices aux retraités de demain, sans toucher la génération privilégiée des baby boomers actuellement à la retraite ou en voie de l’être. La gauche défend par idéologie la retraite à 60 ans, acquis symbolique depuis Mitterrand, sans toucher aux privilèges des seniors. Le Mouvement Démocrate, digne représentant d’une troisième voix, doit proposer à l’opinion publique des solutions pour les retraites fondées sur une nouvelle solidarité intergénérationnelle. Sans opposer les générations, l’objectif est de faire reposer plus équitablement l’effort collectif sur les générations de seniors les plus privilégiées, sans diminuer le montant des pensions les plus faibles, et ainsi mettre en place une réforme des retraites qui soit socialement juste.

Consulter la suite de notre contribution (PDF)