La jeunesse, grande oubliée du débat sur les retraites
Par Modem Sciences Po le samedi 19 juin 2010, 18:56 - Réflexions - Lien permanent
Alors que le Mouvement Démocrate déterminera dimanche prochain sa
position sur la réforme des retraites, le Mouvement Démocrate Sciences Po et
les Jeunes Démocrates de Paris affirment la nécessité de prendre en compte les
avis et propositions des jeunes générations pour aboutir à une réforme
socialement juste. Voici le texte de la contribution que nous avons envoyé en
ce sens en préparation du Conseil national du dimanche 26 juin.
Contribution à la consultation du Mouvement Démocrate sur les retraites
LA JEUNESSE, GRANDE OUBLIEE DU DEBAT SUR LES RETRAITES
Les chiffres le démontrent : les retraités ont aujourd’hui, en
moyenne, un niveau de vie supérieur à celui des actifs. Le taux de
pauvreté des seniors n’a jamais été aussi bas par rapport à celui d’une
jeunesse paupérisée et servant de variable d’ajustement de notre modèle social.
Le patrimoine accumulé des seniors, leur taux de propriété élevé, les protègent
contre la crise du logement qui frappe de plein fouet les jeunes générations.
En prenant en compte les revenus du capital et du patrimoine, le revenu moyen
des retraités dépasse nettement celui des générations encore sur le marché de
l’emploi.
Les jeunes seniors entre 55 et 70 ans, qui ont bénéficié des Trente
Glorieuses et des largesses du modèle social français, ont aujourd’hui les
moyens de contribuer à l’effort de la nation, dans un contexte de crise et de
déficits publics élevés. Ce constat, établi par de nombreux
intellectuels, de tous bords politiques, peine aujourd’hui à se faire entendre
dans le débat public. Le tabou qui conduit à ne jamais évoquer le relatif
bien-être des retraités est étrange. Les quelques prises de position
dissonantes – celle du sociologue Louis Chauvel, de la fondation Terra Nova, ou
encore de la revue Esprit – se sont vite vues étouffées par un conformisme
politique étonnant, probablement lié au poids électoral élevé des
seniors.
Face à cette situation globalement privilégiée des retraités, il n’est
pas inutile de rappeler les difficultés auxquelles fait face aujourd’hui la
jeunesse. Le taux de chômage des jeunes a battu fin 2009 un record
historique : 24%. La difficulté pour les jeunes à s’insérer dans le marché
du travail est réelle ; la multiplication des contrats précaires le
montre. Les années de galère des jeunes pour trouver un emploi, le scandale des
stages non payés, semblent désormais être acceptées par la société comme un mal
nécessaire. La situation de la jeunesse des banlieues est encore plus
problématique et n’a pas réellement évolué depuis les émeutes de 2005. Le taux
de pauvreté global des jeunes atteint 20%, soit le double de celui des
seniors.
La réforme des retraites devrait être l’occasion d’un vrai débat de
société, qui prenne en compte toutes les générations. Ce n’est pas,
aujourd’hui, le cas : la réforme des retraites est pensée, conçue et de ce
fait n’intéresse que les générations qui occupent le pouvoir. Les générations
de « baby boomers », logiquement, n’ont pas les mêmes préoccupations que
la jeune « génération Y » qui peine à se faire entendre, mais qui a
pourtant son mot à dire dans les grandes orientations de notre pays. C’est en
effet elle qui portera, dans quelques années, le poids de la dette de notre
système de protection sociale.
Ce que nous proposons, c’est de rééquilibrer à l’occasion de la réforme
des retraites la solidarité intergénérationnelle en faveur des jeunes
générations. Cela passe – brisons le tabou – par une contribution plus
importante des retraités aisés à l’effort de la nation en faveur de ses jeunes.
Les besoins de financement de l’enseignement supérieur, des universités, des
lieux de savoir sont aujourd’hui énormes. C’est la clé de notre avenir, dans un
environnement mondialisé, que de bâtir un système d’enseignement supérieur de
qualité, doté de riches moyens, rivalisant avec les plus grandes universités
mondiales.
Notre objectif n’est pas de déclencher une guerre entre
générations. Nous ne cherchons pas à opposer de façon manichéenne les
« riches » retraités et les « pauvres » jeunes. La réalité
est bien plus complexe que cette schématisation. Il existe des jeunes qui s’en
sortent, grâce à leur milieu social ou grâce à l’éducation qu’ils ont pu
recevoir. Il existe également des retraités aux pensions modestes qui peinent à
joindre les deux bouts. Nos préconisations cherchent à prendre en compte cette
complexité. Mais elles reposent néanmoins sur un choix de société qui peut
déranger : faire en sorte que les générations aujourd’hui à la retraite
contribuent à un effort nouveau en faveur des jeunes générations.
Le Mouvement Démocrate doit se saisir de cette analyse de la réforme
des retraites qui diverge sensiblement de celle de l’UMP et du PS. La
réforme préparée par le gouvernement demandera beaucoup de sacrifices aux
retraités de demain, sans toucher la génération privilégiée des baby boomers
actuellement à la retraite ou en voie de l’être. La gauche défend par idéologie
la retraite à 60 ans, acquis symbolique depuis Mitterrand, sans toucher aux
privilèges des seniors. Le Mouvement Démocrate, digne représentant d’une
troisième voix, doit proposer à l’opinion publique des solutions pour les
retraites fondées sur une nouvelle solidarité intergénérationnelle. Sans
opposer les générations, l’objectif est de faire reposer plus équitablement
l’effort collectif sur les générations de seniors les plus privilégiées, sans
diminuer le montant des pensions les plus faibles, et ainsi mettre en place une
réforme des retraites qui soit socialement juste.